jeudi 9 décembre 2010

La révolution yougoslave et l’autogestion

SAMARY Catherine,
1er août 2009, n°15360


Alors que la gabegie sociale et écologique de ce capitalisme en crise n’est plus à démontrer, bien des replâtrages seront proposés : même les nationalisations « provisoires » (comme on nous le répète pour qu’on ne s’y trompe pas), voudront préserver comme « valeur de base », le droit de propriété capitaliste, présenté comme « droit de propriété » tout court, alors qu’il camoufle le droit inhumain de « jeter » d’autres êtres humains à la rue, comme des marchandises inutilisables.

Le droit alternatif qui implique une révolution copernicienne, est celui de l’autogestion : c’est à dire le droit de tous les êtres humains à être maîtres de leur travail, à titre individuel et solidaire, sur la base d’une appropriation sociale des moyens de production qui peut prendre diverses formes – cette logique doit aujourd’hui intégrer la protection des biens communs de l’humanité.

Autogestion : de quoi s'agit-il ?

Catherine Samary (*)

Article publié le 22/01/2010
Débat organisé par le « Collectif Anticapitaliste » de Besançon le 4 octobre 2009


En peu de temps, je voudrais répondre aux questions soulevées, en regroupant les enjeux en deux points :
1) L’autogestion, un projet socialiste : de quoi parle-ton ? Et quelques pistes...
2) L’autogestion contradictoire avec le capitalisme mais appui de luttes contre lui...


I- L’autogestion, un projet socialiste.
Les mots pouvant recouvrir des réalités ou interprétations différentes, il faut commencer par clarifier de quoi on parle si l’on veut éviter les faux-débats et appro-fondir la réflexion. Il faut clairement distinguer :
- L’autogestion (n°1), comme principe donnant droit pour chaque individu de pouvoir gérer (être responsable de) tout ce qui le/la concerne associé à un projet émanci-pateur radical ; Mais cela ne dit pas comment se concrétise ce droit principiel, sauf qu’il est un droit humain géné-ral, donc forcément contradictoire avec l’exploitation des salariés qui n’ont aucun pouvoir de gestion de leur travail dès lors que l’économie est basée sur les droits de propriété privée du capital... C’est pourquoi aussi l’autogestion est associée au socialisme que l’on peut aussi « entendre » au sens n°1 d’un système mettant à l’ordre du jour la pleine et universelle responsabilité des êtres humains sur leur travail et la façon de satisfaire les besoins... Mais cela ne donne toujours pas de réponse concrète sur le mode d’organisation de l’économie et de la démocratie, sur l’utilisation de l’argent, de la planification et du marché ; ni sur les différentes formes possibles de propriété...
- L’autogestion (n°2) est au contraire concrétisée dans la pensée (par exemple la conception anarchiste de l’autogestion, entreprise par entreprise, reliée par un marché) ou dans la pratique (les différents systèmes yougoslaves d’autogestion, combinant différemment plna, marché et autogestion + rôle du parti et des syndicats, etc...). Dans ce cas, l’autogestion est associée à un contexte historique précis et un « système institutionnel » (de plan, de marché, de propriété, de droits constitutionnels...) qu’il faut discuter en fonction des droits reconnus et du bilan.

La dictature du général Pinochet devant la justice à Paris

La Valise diplomatique
mercredi 8 décembre 2010
Franck Gaudichaud

Du 8 au 17 décembre 2010, plusieurs anciens hauts responsables du régime militaire dirigé par le général chilien Augusto Pinochet – treize Chiliens et un Argentin – seront jugés pour la détention et la disparition forcée de quatre franco-chiliens : MM. Georges Klein, Etienne Pesle, Alfonso Chanfreau et Jean-Yves Claudet. Un procès inédit.

« En dépit de la mort d’Augusto Pinochet, ce procès n’en sera pas moins celui, posthume, du dictateur chilien ainsi que de l’ensemble du système de répression mis en place [par les dictatures d’Amérique du Sud] (1). » C’est en ces termes que Maîtres William Bourdon, Claude Katz, Benjamin Sarfati et Sophie Thonon ont commenté la procédure devant la cour d’assises de Paris, la plus haute juridiction criminelle française.

« Nous attendons depuis très, très longtemps. Presque toute notre vie », témoignait, lundi 6 décembre, Mme Natalia Chanfreau, encore très jeune lorsque son père a disparu (2). Initialement prévu en mai 2008, le procès a été reporté une première fois par le parquet général. Certains militants des droits humains se sont alors interrogés : ce report sine die résultait-il de pressions politiques, comme à l’époque où Pinochet était encore en vie ? A l’époque, la justice évoque son souhait d’organiser un procès « irréprochable », en dépit de « difficultés rencontrées dans la délivrance des citations des nombreuses personnes résidant à l’étranger (3) ». Faire venir de plusieurs endroits de la planète des témoins directs liés aux quatre victimes – ainsi que des « grands témoins » internationaux (qui doivent permettre de mettre en contexte le jugement) – requiert en effet une logistique lourde (4). Mais l’absence de juges pleinement dédiés à cette affaire et le manque de volonté politique ne facilite pas la tâche.Le procès s’ouvre donc aujourd’hui, après plus de douze années de procédure. S’il est mené à bien, il forgera vraisemblablement un précédent historique, rendu possible par la mobilisation sans relâche des familles de victimes et d’organisations sociales chiliennes et internationales. Des décennies de lutte contre l’impunité, contre l’oubli et pour obtenir vérité et justice.

Rencontre Auto.Mobil.Crisis - Stuttgart 29 et 30 octobre 2010

Evelyne Perrin et Benoît Borrits *


Organisée par l'Institut Rosa Luxemburg et le Groupe parlementaire Die Linke, cette rencontre avait pour objectif de débattre de la crise du secteur automobile, de questionner cette industrie au regard des enjeux de l'écologie en permettant la rencontre de syndicalistes du secteur et d'organisations écologistes.
Le lieu même de cette rencontre n'est pas innocent. Stuttgart est une ville largement marquée par la présence industrielle de Daimler et le théâtre depuis des mois d'une lutte de la population locale contre le projet géant d'une nouvelle gare couplé avec d'autres aménagements en centre ville (Stuttgart 21).
Si l'ambition de cette conférence était internationale, force est de reconnaître que celle-ci regroupait essentiellement des participants allemands.


Position officielle d'IG Metall
Le ton de la conférence sera donné par la présentation de Hans-Jürgen Urban du Comité exécutif d'IG Metall, organisation syndicale allemande qui regroupe les travailleurs du secteur automobile.
Pour cette organisation, le pire serait de pratiquer la politique de l'autruche (« Business as usual ») et de s'en tenir à un rôle strictement défensif alors que le problème que l'industrie automobile va devoir affronter est de nature structurelle.

lundi 29 novembre 2010

Etats généraux ardéchois du service public : La gestion de l’eau

18 novembre 2010
Richard Neuville *

Evoquer la question de la gestion de l’eau implique assurément une immersion dans des eaux pour le moins troubles, voire opaques. Sans compter les conflits d’intérêts patents…

« Fermeté des élus du SIVOM » (La Tribune 17/12/2009), « Les contraintes de la régie » (La Tribune 02/11/2006)

Derrière ces deux titres éloquents à trois années d’intervalle, il apparaît clairement que la presse locale a un point de vue quasi-définitif sur le mode de gestion à privilégier et l’attitude que les élu-e-s doivent adopter vis-à-vis des usager-ère-s. On saisit également tous les enjeux démocratiques autour des délibérations de nos élu-e-s. Comment les citoyen-ne-s peuvent-ils avoir l’audace d’importuner le travail des élu-e-s ? Mais, heureusement ceux-ci / celles-ci veillent à perpétuer les bienfaits de la démocratie représentative permettant de décider en leur âme et conscience pendant la durée de leur mandat et de justifier l’absence de concertation de la population. Le propos pourrait paraître très acerbe s’il ne reposait pas sur des expériences concrètes en Ardèche.

Quelques rappels : (Fondation France libertés)
- En France, le prix de l’eau varie de 1 à 7.
- Les fuites d’eau représentent en moyenne 25 % de l’eau mise en distribution.
- 60 % des communes représentant 80 % des usager-ère-s soit plus de 50 millions de personnes dépendent du privé (VEOLIA, SUEZ et SAUR) soit 80 % des usagers en France.
- Les usagers dépendant du privé paient une facture en moyenne 27 % supérieure à celle d’une régie publique et jusqu’à 44 % de plus dans une intercommunalité.

dimanche 28 novembre 2010

Services publics et autogestion

Richard Neuville *

Trame intervention débat "services publics et autogestion" lors de la journée d'études "L'autogestion, quelle actualité politique ?" le 13 novembre à Lyon.

Dans une société autogestionnaire, les biens communs universels (eau, air, biodiversité), les biens sociaux (enseignement, santé, protection sociale, recherche, emploi) et les biens publics (énergie, transports, télécommunications) doivent échapper à toute forme de marchandisation et être socialisés, ce qui n’implique pas nécessairement la nationalisation. Quels que soient les échelons de compétences (national, régional ou local), les citoyen-ne-s, les associations, les syndicats doivent être associés pleinement aux décisions et à la gestion des entreprises ou des régies publiques.  

vendredi 12 novembre 2010

Publicación de "El volcán latino-americano" en castellano

La Agencia latinoamericana de información (ALAI) publicó en línea desde hace unas semanas el trabajo colectivo que coordinó Franck Gaudichaud sobre América latina, editado en 2008 en Francia (ya agotado) y ahora presentado en su versión castellana como libro electrónico copyleft.

El volcán latino-americano
Izquierdas, movimientos sociales y neoliberalismo al sur del Río Bravo
Balance de una década de luchas: 1999-2009

Franck Gaudichaud (Dir.) ©

Propósito general del libro

Proporcionar a lectores hispanohablantes un enfoque claro y sintético, destinado a no especialistas, del estado de las resistencias colectivas al neoliberalismo en América Latina, y también ofrecer una explicación de los principales retos, logros y contradicciones de los procesos sociopolíticos en curso, en particular acerca de la práctica de las izquierdas latinoamericanas y su relación con los movimientos sociales. Se trata de dar la palabra a universitarios e intelectuales "críticos", desde distintos campos científicos, ideológicos y también geográficos, ya sean latinoamericanos, europeos o estadounidenses. De hecho, esta obra no pretende una improbable "neutralidad científica": busca sobre todo informar desde la pluralidad, y también quiere entregar herramientas de comprensión a quiénes están en busca de alternativas a la globalización neoliberal en América Latina, como en el resto del mundo.

Dirigido por Franck Gaudichaud, este libro reúne los análisis de varios especialistas internacionales: Arturo Anguiano, Atilio Borón, Hervé Do Alto, Cédric Durand, Bernard Duterme, Jairo Estrada Álvarez, Thomas Fritz, Jules Falquet, Janette Habel, Claudio Katz, Edgardo Lander, Michael Löwy, Pablo Navarette, James Petras, Hélène Roux, Alexis Saludjian, Maristella Svampa y Eric Toussaint.

- Franck Gaudichaud es doctor en Ciencia Política, profesor titular en civilización latinoamericana en la Universidad de Grenoble 3 (Francia) y miembro del equipo editorial de la revista electrónica rebelión.org. Ha publicado varios artículos y dos libros en español sobre Chile y América latina. - franck.gaudichaud@u-grenoble3.fr

mercredi 10 novembre 2010

L’hôtel de luxe qui accueillait ouvriers, paysans et militants

Par Sophie Chapelle (5 novembre 2010)

Le Bauen, à Buenos Aires, est un grand hôtel atypique. Fermé en 2001 pour cause de mauvaise gestion et de crise financière, il a rouvert sous l’impulsion d’une poignée d’anciens employés licenciés. Décidés à se réapproprier leur ancien outil de travail, ils se lancent dans l’aventure de l’autogestion et se regroupent en coopérative. Pari réussi pour un lieu d’hébergement qui accueille touristes et militants solidaires.

Le café-restaurant ne désemplit pas. Des habitants du quartier s’y mélangent aux touristes et militants de passage. Un brouhaha gagne progressivement le hall d’entrée, qui jouxte le bar. Une centaine de campesinos venus des quatre coins d’Argentine débarquent. Ils se rendent à la première fête nationale des semences, non loin de Buenos Aires. Les deux ascenseurs sont pris d’assaut entraînant un difficile chassé-croisé dans les escaliers. Derrière la réception de l’hôtel, c’est Diego, l’attaché de presse, qui remplace au pied-levé un collègue malade. Bienvenue à Bauen [1], un hôtel de luxe récupéré et autogéré par les travailleurs depuis 2003.

lundi 1 novembre 2010

Ceralep : Quand les travailleurs refusent le diktat des actionnaires !

Nous publions successivement cinq courts articles (encadrés) rédigés par Richard Neuville, parus dans le livre "Autogestion, hier, aujourd'hui, demain", coordonné par le collectif Lucien Collonges, éditions Syllepse, mai 2010, 703p.

Richard Neuville *
L’histoire de l’entreprise Ceralep débute à Saint-Vallier (Drôme) en 1921. Elle se conjugue avec celle du capitalisme industriel et financier. Possédant un savoir-faire dans un secteur stratégique, l’entreprise est rachetée successivement par des groupes français, européens puis américain. Au gré des restructurations, l’effectif passe de 500 salariés dans les années 70 à 150 en 1990. En janvier 2004, comme des milliers d’autres ces dernières années, elle est mise en liquidation pour ne pas avoir distribué suffisamment de dividendes à ses actionnaires. Mais cette fois-ci, l’entreprise ne fermera pas. Très déterminés, les travailleurs engagent la lutte pour conserver leur emploi et poursuivre la production sous la forme coopérative.

Ceralep fabrique des isolants en céramique essentiels pour le transport et la distribution électrique. Pour résister à la concurrence japonaise, le secteur s’est d’abord restructuré dans les années 70 sous l’impulsion des principales entreprises nationales (Ceraver, Merlin Gerin, Alstom Atlantique), puis de grands groupes européens comme l’autrichien CERAM, qui est lui-même acquis en 2000 par PPC Insolators, détenu par des fonds de pension américains. En moins de trois ans, l’entreprise est poussée au dépôt de bilan. Les actionnaires du groupe estimant l’entreprise insuffisamment rentable déposent le bilan en septembre 2003 et licencient 57 personnes. Pourtant l’entreprise possède un solide carnet de commandes et produit pour 130 clients et non des moindres (EDF, SNCF, AREVA, SAGEM…). Malgré cela, la société est mise en liquidation le 31 janvier 2004 et l’administrateur ne déploie pas beaucoup d’énergie pour retrouver un repreneur. Le tribunal de commerce de Romans refuse même un projet de reprise pour un euro symbolique.

Tower Colliery : Treize années de gestion ouvrière

Richard Neuville *

« La mine de Tower représente la liaison entre la nécessité d’une justice sociale à l’échelle locale et la volonté de porter des idéaux à l’échelle internationale. » (Carré 1999)


En 1979, à peine désignée Premier Ministre britannique, Margaret Thatcher, entreprend sa « révolution conservatrice » en s’attaquant aux acquis sociaux, aux droits syndicaux et aux services publics. Elle entend prendre sa revanche avec les mineurs, responsables à ses yeux de la chute du gouvernement conservateur d’Edward Health en 1974. Elle décide pour cela de remplacer l’industrie minière par le gaz et l’énergie nucléaire, beaucoup plus cher. Une longue bataille politique s’engage alors entre la Dame de fer et le syndicat des mineurs. En mars 1984, l’Union nationale des mineurs déclenche une grève illimitée. Celle-ci sera la plus longue de l’histoire du mouvement ouvrier britannique mais les mineurs reprendront le travail un an plus tard en mars 1985 sans avoir rien obtenu. (Lemoine 1985)