M. Colloghan

mardi 22 juillet 2014

Autogestion, retour gagnant*


Par Bruno DELLA SUDDA et Patrick SILBERSTEIN

L'autogestion ? Disparue des radars en Europe avec le reflux politico-social de la décennie 1980 et du début des années 1990, elle avait marqué les esprits avec la grève des Lip, véritable coup de tonnerre en 1973 qui faisait la démonstration magnifique de cet impensé du capitalisme : on n'a pas besoin d'un patron pour faire tourner une usine, assurer la production et la distribution...

La grève des Lip n'était pas isolée. D'autres grèves autogestionnaires, moins emblématiques mais tout autant significatives ont eu lieu à cette époque un peu partout dans le monde. Ainsi, celle de la Lucas Aerospace au Royaume-Uni (1976) qui a vu les salarié-e-s adopter la démarche d'un contre-plan ouvrier avec reconversion de la production militaire en production médicale. Tels les Sanofi plus près de nous, ils et elles pensaient la production industrielle socialement utile et donc l'après-capitalisme.

"Propriété et expropriations - Des coopératives à l'autogestion généralisée"*



Textes de Karl Marx et Friedrich Engels présentés par Pierre Cours-Salies et Pierre Zarka (Syllepse - 2013).
  
Pourquoi revenir aujourd’hui sur les coopératives à travers des textes de Marx et Engels alors qu’ils sont jugés indifférents voire hostiles à cette question ?
Dans une longue introduction, Pierre Cours-Salies et Pierre Zarka montrent qu’il serait temps de ne plus lire chez nos deux barbus ce qui ne s’y trouve pas et au contraire d’y lire ce qui est un élément constitutif de leur pensée : une attention permanente à ce qui naissait dans le mouvement ouvrier. Ils ne pouvaient pas ne pas s’intéresser aux coopératives, qui furent au centre de polémiques sur la stratégie anticapitaliste. Et leur appréciation fut positive.

A CRISE GLOBALE, PROJET ALTERNATIF !


Crise du capitalisme : une contribution au débat de Bruno Della Sudda, Arthur Leduc et Romain Testoris* 
Après la promesse de l'inversion de la courbe du chômage, voici venu le temps du « retournement ».
Au-delà du caractère à la fois pathétique et révoltant du propos présidentiel, c'est l'occasion de revenir sur la crise que nous traversons.

1 Pour celles et ceux qui subissent de plein fouet le chômage de masse et la précarité galopante de l'emploi, les femmes, les jeunes et les hommes/femmes issu-e-s des immigrations plus que les autres, cette crise est d'abord une crise économique et sociale aux conséquences désastreuses.

Rencontre européenne « L’économie des travailleurs » dans l’entreprise Fralib



Nous publions successivement un article et deux entretiens publiés dans la revue Contre Temps n°22 -Eté 2014.

Par Richard Neuville*

La première rencontre européenne « L’économie des travailleurs » s’est tenue les 31 janvier et 1er février 2014 dans les locaux de l’usine occupée Fralib à Gémenos (Bouches du Rhône). Elle a été organisée par le programme « Faculté ouverte » de l'Université de Buenos Aires, le Département d’études du travail de l’Université autonome de Mexico-Xochimilco, l'institut de sciences économiques et autogestion (ICEA-Etat espagnol), le réseau Workerscontrol.net, les travailleurs de Fralib et l’Association pour l’autogestion, avec le soutien de l'Association Provence Solidarité Amérique du Sud.

Récupérations d'entreprises au Brésil - Entretien avec Vanessa Moreira Sigolo



Vanessa Moreira Sigolo est sociologue et, depuis le début de ces études universitaires en sciences sociales et relations internationales en 2002, elle travaille dans l’éducation populaire et milite pour l’autogestion, la récupération des entreprises par les travailleurs et avec les mouvements sociaux de l’économie solidaire au Brésil. Elle intervient sur des projets d’extension universitaire au sein de l’université de São Paulo (USP), sur un programme d’Incubation technologique de coopératives populaires (ITCP USP), en collaboration avec l’Association nationale des travailleurs d’entreprises autogérées (ANTEAG) et au sein du Département d’économie solidaire (NESOL USP). En 2011 et 2012, elle a participé, avec une équipe de chercheurs de dix universités brésiliennes, à la première enquête nationale sur les entreprises récupérées par les travailleurs au Brésil qui a été publiée en 2013[1]. Actuellement, elle prépare un doctorat en sociologie dans cette université et effectue un stage de doctorante à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), à Paris.

Récupérations d'entreprises en Argentine - Entretien avec Andrés Ruggeri



Depuis 2002, Andrés Ruggeri dirige un programme d’extension universitaire[1] et de recherche à la faculté de philosophie et de lettres de l’université de Buenos Aires. Il est spécialisé dans les processus d’autogestion, en particulier les entreprises récupérées par les travailleurs (ERT). Il est anthropologue social et, dans le cadre du programme[2], il a dirigé quatre « relevés » (enquêtes nationales) des entreprises récupérées en Argentine[3]. Il a initié l’organisation de quatre rencontres internationales appelées « L’Economie des travailleurs » dont l’objectif est de tenter d’articuler au niveau international la théorie des chercheurs et intellectuels avec la pratique autogestionnaire et les luttes des travailleurs, même si elles restent encore un espace influencé par l’expérience argentine des ERT[4]. Il a publié plusieurs livres et articles sur le sujet[5].

dimanche 22 juin 2014

Etat espagnol : Crise de régime et traduction politique d’une accumulation de forces

Par Richard Neuville

Pour de nombreux observateurs, les résultats des élections européennes du 25 mai dans l’Etat espagnol ont constitué une « surprise » de taille et ont sensiblement modifié la donne politique dans ce pays. Mais, n’auraient-ils pas surtout traduit, d’une part, une crise de régime profonde et perceptible depuis plusieurs années et, d’autre part, une accumulation de forces résultant d’un nouveau cycle de luttes initié par le mouvement des indigné-e-s en mai 2011 (15-M) ? Cette crise de régime s’est notamment cristallisée, au lendemain de l’élection, avec l’abdication du Roi Juan Carlos au profit du dauphin Felipe. La décision du monarque a entraîné de fortes mobilisations spontanées dans l’ensemble du pays pour revendiquer un référendum et un processus constituant en vue de l’instauration d’une IIIe République même, si une fois encore, la « caste » politique est restée sourde et a entériné la décision le 11 juin au parlement.

mercredi 18 juin 2014

Syrie, l’autogestion populaire vue de l’intérieur



Par AMOR Dina
21 mai 2014

L’escalade du conflit armé sur le territoire syrien, en présence d’une multitude de factions et d’objectifs, a conduit par ailleurs à un black out, et d’aucuns pourraient en déduire qu’il concerne l’autogestion populaire en Syrie. Les chiffres illustrent l’aggravation de la situation interne syrienne avec près de la moitié des Syriens contraints de fuir à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, tandis que l’autre moitié est prisonnière du siège, de bombardements militaires incessants et d’une lutte armée entre les factions de diverses forces, ce qui ne manque pas d’interroger sur la réalité de l’autogestion populaire, compte tenu du repli de l’Etat et de ses attaques contre les civils.

Diren ! Kazova : l’usine turque sous le contrôle de ses travailleurs




Par Joris Leverink – le 4 juin 2014


A la veille du premier anniversaire du soulèvement du Parc Gezi, un petit groupe d’ouvriers du textile explore une alternative radicale : occuper, résister, produire !
Diren ! Kazova, lit-on sur la pancarte fixée au-dessus de l’entrée d’un petit centre commercial et culturel dans le quartier animé de Sisli à Istanbul. A l’intérieur, le sol est pavé, donnant au visiteur l’impression d’arriver dans un marché de rue. Des slogans comme « 1er Mai ! », « Kazova résiste ! » et « Vive la Révolution ! » sont écrits sur les pavés partout dans la pièce. Aux murs sont accrochées des tringles où sont accrochés des pulls, des centaines de pulls. À première vue, on dirait des pulls ordinaires. Jusqu’à ce que l’on apprenne l’histoire qu’il y a derrière eux. Et, soudain, les pulls se transforment en symboles de résistance, en signes de défi et en un espoir matérialisé d’une société plus égalitaire, d’une économie plus juste – et, oui, même d’un monde meilleur.

dimanche 8 juin 2014

Les entreprises récupérées par les travailleurs au Brésil

Couverture du livre "Empresas Recuperadas por Trabalhadores no Brasil"
Présentation et synthèse de Richard Neuville*

En 2013, la publication d’un livre universitaire sur le processus de récupération des entreprises par les travailleurs au Brésil est venue rappeler qu’un processus identique à celui de l’Argentine s’est déroulé dans ce pays et qu’il l’a même précédé[1]. Pratiquement inconnu en France et en Europe, celui-ci demeure pourtant une réalité qui s’est traduite par des centaines de luttes et des récupérations par les travailleurs qui ont culminées au cours de la période 1993-2003. Processus que certain-e-s d’entre-nous avions découvert à l’occasion des premiers forums sociaux mondiaux à Porto Alegre lors de visites d’usines récupérées et de rencontres avec des militant-e-s autogestionnaires directement impliqués dans le soutien à ces expériences dans l'État du Rio Grande do Sul. A l’époque, curieusement nos camarades brésiliens ignoraient les récupérations en Argentine. Les forums sociaux suivants allaient contribuer à multiplier les échanges entre les expériences de ces deux pays, tout comme le travail universitaire qui allait déboucher en 2007 sur la première rencontre internationale « L’économie des travailleurs » à Buenos Aires.

samedi 31 mai 2014

Brésil : la coupe est pleine !

Du 12 juin au 13 juillet, la Coupe du monde de football a lieu au Brésil. En 2016, les Jeux Olympiques seront organisés dans ce pays. Pour ces deux évènements sportifs et commerciaux, des sommes colossales sont dépensées, alors que nombre de besoins essentiels de la population ne sont pas satisfaits, loin de là. Par ailleurs, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) comme le Comité International Olympique (CIO) ont la détestable habitude de s’accommoder sans sourciller avec des régimes totalitaires. La FIFA, le CIO et les états qui les soutiennent, notamment en leur accordant d’importants fonds publics et en les cautionnant, méprisent les populations qui vivent dans les pays où ils organisent ces compétitions sportives internationales : dépenses somptueuses, déplacements autoritaires de populations, répression, accompagnent souvent ces initiatives ; le Brésil n’y échappe pas.