lundi 1 novembre 2010

Le mouvement de contre-culture allemand

Richard Neuville *

Entre 1975 et 1989, près de onze millions et demi d’allemands ont participé à de nouvelles formes de mobilisations : antinucléaires, pacifistes, écologistes, antiracistes, de solidarité, d’occupation, féministes, homosexuelles et contre-culturelles. (Koopmans - 1995 : 53) . Il s’agit du plus fort taux de mobilisation alternative en Europe occidentale. Dans ce climat de contestation générale, les nombreuses occupations d’immeubles appartenant, le plus souvent, à des banques ou des entreprises contribuent aux fréquents affrontements avec la police, au renforcement de la criminalisation et à un haut degré de confrontation politique avec le pouvoir.

Au milieu des années 70, des « communes » se créent à Berlin (comme la Kommune I ou la Wieland Kommune). Elles sont liées directement au mouvement étudiant et aux styles de vie de la contre-culture (par exemple des groupes formés pour la légalisation de la marijuana), mais également à la gauche radicale extraparlementaire qui, pour une partie, est à l’origine des groupes armés comme la RAF (Fraction armée rouge) au début de la décennie. Cependant, le mouvement d’occupations et les groupes autonomes prennent leurs distances, tout au moins au début, avec les organisations armées. Les squatters et les autonomes forment néanmoins les ailes les plus radicales des nouveaux mouvements sociaux allemands. Ces groupes créent des espaces de contre-culture dans les immeubles occupés et s’affrontent régulièrement avec la police lors des fréquentes protestations ou tentatives d’expulsion.  

Les athénées libertaires en Espagne

Richard Neuville *

« Pour nous, défendre et diffuser la culture est la même chose : accroître dans le monde le trésor humain de la conscience qui veille » . Antonio Machado

Ateneu llibertari - Barcelona Sants
Au cours de la première moitié du XXe siècle, les athénées libertaires tiennent un rôle essentiel dans l’émergence d’un puissant courant d’opposition autonome et antiautoritaire en Espagne. Conçus comme des lieux de culture et d’éducation, ils se développent dans l’ensemble du pays pendant la Seconde République et pallient la carence d’infrastructures éducatives officielles pour la classe ouvrière. Indubitablement, le mouvement libertaire ibérique n’aurait certainement pas eu l’ampleur qu’il a eue au cours de cette période sans les athénées. Si le mouvement renaîtra lors de la transition démocratique, il ne retrouvera pas, loin s’en faut, son essor.

Les premiers athénées, centres républicains fédéraux, se créent d’abord dans les villes au début de la révolution industrielle. Parallèlement, le mouvement coopératif diffuse largement les notions de solidarité et d’autogestion dans les zones rurales. Jusqu’au début du XXe siècle, les athénées perdent rapidement leur influence et sont absorbés en grande partie par la bourgeoisie éclairée et l’église catholique. Mais par la suite, d’autres athénées populaires naissent, les centres républicains démocratiques ou maisons du peuple, qui bénéficient d’une véritable implantation populaire pendant les premières décennies du XXe siècle. Avec le temps, ils se transforment en véritables universités populaires et contribuent au développement d’un état d’esprit critique. Au début du XXe siècle, l’Ecole moderne est créée, elle se propage sur tout le territoire espagnol et, en particulier à Valencia et en Catalogne. Mais son existence est brève, particulièrement à cause des persécutions de l’Etat et de l’église qui aboutissent à sa fermeture définitive en 1906. Néanmoins, le germe et l’esprit de l’Ecole moderne, sa pédagogie et sa méthodologie ont pénétré les consciences et, peu à peu, de nouvelles écoles rationalistes se constituent. Elles scolarisent les enfants d’ouvriers en s’appuyant sur les principes pédagogiques modernes. Avec le temps, elles se convertissent en véritables embryons des athénées libertaires. En 1917, l’Ecole Rationaliste « La Luz » à Sants (quartier de Barcelone) devient le premier Athénée libertaire en Espagne, l’Ateneu Enciclopedic Popular.

dimanche 31 octobre 2010

Les centres sociaux italiens : Une pratique autonome et radicale

En lien également le mémoire de Master de mon camarade Nathan Boumendil "Les Centres Sociaux Occupés Autogérés (CSOA) en Italie et leur rôle dans la vie politique et militante locale", " Une particularité italienne à la diversité de trajectoires et au renouvellement inégal : l'exemple romain." (sous titre)

Richard Neuville *

Après la défaite des mouvements d’émancipation des années de plomb, les centres sociaux (centri sociali occupati autogestiti : CSOA) forment à partir des années 80 des îlots de résistance et de contre-culture. Ils expérimentent des pratiques politiques non conventionnelles et des modes de vie légitimés par une critique radicale de la société capitaliste. Historiquement, ils s’inscrivent dans la continuité des circoli del proletariato giovanile (CPG) et des mouvements des années 70. Si la forte mobilisation politique et la confrontation directe avec le pouvoir ont caractérisé ces années-là, les décennies suivantes sont plutôt marquées par une absence d’engagement politique, un reflux des luttes et des organisations (syndicats, Lotta continua, Autonomia Operaia, etc.). Dans un contexte de repli sur soi et de vide politique, la création des centres sociaux se veut la seule réponse politique radicale. Les groupes qui portent ces expériences sont composés à la fois par des militant-e-s historiques et des jeunes moins politisé-e-s. Selon les fondateurs du centre social florentin (CPA) , l’idée est qu’après avoir perdu la bataille, il faut repartir de zéro. Dorénavant, il s’agit de lutter pour des revendications qui puissent, sans forcément aspirer à des changements radicaux, influer au niveau local et dans la vie quotidienne. (Sara 2006) Les CSOA ne se résument donc pas à des regroupements de la gauche alternative mais se veulent au « service du peuple ».

vendredi 22 octobre 2010

L'autogestion, quelle actualité politique ?

Formation et Action Citoyennes

avec le soutien de la région Rhône-Alpes, d'Attac ,des éditions Syllepse, de Ciné-Travail, de la MJC du Vieux Lyon, du laboratoire Triangle (CNRS), de l’Adels.

12-13 novembre 2010 à Lyon
 
Soirée débat Vendredi 12 novembre 2010
L'autogestion. Hier, aujourd'hui, demain
19 heures, à la Maison des Passages,
44, rue Saint-Georges - 69005 lyon

En quoi est-il pertinent de faire aujourd'hui référence à l'autogestion, pas seulement comme un objet de mémoire, mais aussi comme un mot-clé pour les luttes d'aujourd'hui et les projets politiques de demain ?
Cette soirée est ouverte à tous ceux qui se préoccupent des questions de pouvoir, de démocratie, de pratiques « ouvertes », de recherche d'alternatives dans la société .

Le débat sera organisé autour du livre "L'autogestion. hier, aujourd'hui, demain", (publié aux éditions Syllepse) qui sera présenté par des membres du collectif Lucien Collonges qui a coordonné l'ouvrage.

Débat autogestion : réponse à Thomas Coutrot

Suite à la parution de l'article de Thomas Coutrot "Repenser l'autogestion" dans Mediapart (voir lien ci-dessous), le collectif Lucien Collonges* a souhaité lui répondre.
http://www.mediapart.fr/club/blog/baptiste-bloch/090910/thomas-coutrot-repenser-lautogestion  

Nous partageons évidemment plusieurs des constats de Thomas Coutrot. En effet, il est parfaitement exact, pour reprendre ses propres termes, que "l'expérience montre que la récupération d'entreprises ne part pas d'un projet théorique, mais d'une obligation pratique". C'est une observation qui est dans le prolongement direct de toutes les expériences autogestionnaires du passé comme des pratiques autogestionnaires du présent, en Europe, en Amérique latino-indienne ou ailleurs dans le monde.
Cependant, quand Thomas manifeste son "scepticisme" sur le terme d'autogestion, l'argumentaire nous paraît discutable. D'ailleurs, devons-nous discuter d'un "terme" ou plus fondamentalement d'une stratégie, dite autogestionnaire, qui parte à la fois des besoins de répondre "en positif" aux licenciements, aux abandons, aux destructions d'entreprises et de collectifs et qui en même temps donne corps à l'aspiration à la démocratie, à la prise en main par les intéressé(e)s de leurs affaires ?

dimanche 17 octobre 2010

Le troisième rapport sur les entreprises récupérées en Argentine

Université de Buenos Aires
Programme Faculté ouverte
Octobre 2010

Synthèse de ce rapport en français rédigée par Richard Neuville, consultable sur ce blog :
http://alterautogestion.blogspot.com/2011/01/argentine-les-entreprises-recuperees-se.html

Le rapport intégral en castillan est téléchargeable avec le lien ci-dessous:
http://www.recuperadasdoc.com.ar/Informe%20Relevamiento%202010.pdf

http://www.recuperadasdoc.com.ar/relevamiento2010.html

Voir également les articles de :
Marc Bloch : "En Argentine, les entreprises récupérées tiennent bon !"
http://www.mediapart.fr/club/blog/baptiste-bloch/141010/argentine-les-entreprises-recuperees-tiennent-bon

Esteban Magnani dans Pagina 12 (en castillan)
http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/cash/17-4708-2010-10-25.html

Richard Neuville, synthèse en français du précédent rapport publié en juillet 2005
http://alterautogestion.blogspot.com/2009/03/argentine-entreprises-recuperees-2.html

Au Chili, derrière l’euphorie médiatique, les hommes

Franck Gaudichaud
La Valise diplomatique
Le sauvetage, grâce à un puits d’évacuation, des trente-trois mineurs bloqués dans la mine de San José a été un succès. Des milliers de journalistes ont convergé du monde entier vers le lieu du « miracle ». Depuis l’annonce de l’accident, le président chilien, M. Sebastián Piñera, ne s’épargne aucun effort pour montrer qu’il supervise personnellement les travaux : sa cote de popularité a d’ailleurs grimpé de dix points depuis le lancement d’une opération qu’il estime « sans comparaison dans l’histoire de l’humanité ». Mais une fois passé le temps des réjouissances – toutes naturelles –, le Chili s’interrogera-t-il sur les conditions qui ont rendu possible cet accident ?
22 août 2010, 14 h 30. Copiapó, désert d’Atacama, au Nord du Chili. Quelques lettres griffonnées à l’encre rouge remontent d’un conduit, foré au-dessus de la mine de San José, dans l’une des régions les plus arides du monde : « Nous allons bien dans le refuge, tous les trente-trois. »
Trente-deux mineurs chiliens et un bolivien sont coincés à près de sept cents mètres sous la surface de la terre, enterrés vivants dans les entrailles d’une mine de cuivre et d’or. Depuis l’effondrement de plusieurs murs de soutènements, sous des milliers de tonnes de roche et de boue, ils survivent tant bien que mal dans l’un des refuges encore accessibles. Ils boivent les eaux de ruissellement, rationnent leurs maigres denrées alimentaires, et souffrent d’une chaleur étouffante. Mais, leur petit mot le démontre : ils sont en bonne santé.

vendredi 15 octobre 2010

Mondragón : Des dizaines de milliers de travailleurs qui dirigent et coordonnent leurs entreprises : ça marche !

Benoît Borrits *
13 octobre 2010

Le groupe Mondragón Corporacíon Cooperativa (MCC), basé au Pays basque, est une organisation unique au monde. Composé d'environ 120 coopératives dirigées par leurs travailleurs et coordonné par une direction démocratiquement élue, ce groupe a connu une progression insolente depuis sa création dans les années 50. En l'espace de 10 ans, ce groupe coopératif a quasiment doublé le nombre total de ses travailleurs, passant de 42 861 en 1999 à 85 066 en 2009.
Pour autant, il est sujet à de nombreuses controverses. Pour certains, critiques de la coopération en tant que telle, cette expérience n'est jamais qu'une « success story » entrepreneuriale. Pour d'autres, il s'agit d'une expérience coopérative, certes intéressante, mais qui se serait largement éloignée des idéaux du mouvement au point de se comporter comme un vulgaire employeur capitaliste à l'égard des nombreux salariés non-coopérateurs. Pour d'autres enfin, MCC est un groupe industriel et financier, parmi d'autres, évoluant dans la logique productiviste de la mondialisation néolibérale.
Si ces façons de voir peuvent se défendre sur biens des aspects et quelle que soit l'évolution future de ce groupe coopératif, il n'en reste pas moins vrai que MCC est la preuve vivante que, contrairement aux idées reçues, les travailleurs sont largement capables de diriger leur entreprise et de coordonner leur production.

dimanche 10 octobre 2010

Venezuela : Dans quelle mesure, les travailleurs contribuent-ils à l‘approfondissement et à la radicalisation du processus révolutionnaire ?

Intervention Congrès Marx International VI
Université Paris Ouest Nanterre - la Défense
Atelier 7 : Autogestion : expériences actuelles
Samedi 25 septembre 2010
Richard Neuville *

Venezuela : Dans quelle mesure, les travailleurs contribuent-ils à l‘approfondissement et à la radicalisation du processus révolutionnaire ?
Le pouvoir bolivarien a mis en place des mécanismes de démocratie active au service de la justice sociale, qui se sont traduits par une grande implication des classes populaires dans la gestion des programmes sociaux et au sein des conseils communaux. L’exercice d’un pouvoir populaire a permis l’émergence d’une culture politique et la politisation de vastes secteurs de la population.
Parallèlement, le gouvernement a mis en œuvre ou impulsé différentes formes de socialisation de la production (coopératives, entreprises de production sociale, nationalisations). Les travailleurs se sont-ils réellement approprié ces outils ? Exercent-ils vraiment un réel pouvoir de contrôle dans une perspective anticapitaliste et autogestionnaire ?