lundi 20 septembre 2010

Haute tension : les luttes des salariés contre les plans sociaux 2008-2010

Un ouvrage qui pose clairement la question de la reprise des entreprises par les salariés eux-mêmes....

Haute tension : les luttes des salariés contre les plans sociaux 2008-2010 par Evelyne PERRIN

Manuscrit téléchargeable sous format PDF sur le site de l'IRESMO


(Manuscrit à paraître début 2011)

Présentation

Durant l'hiver 2009-2010, alors que les luttes de salariés contre les plans sociaux avaient défrayé l'actualité tout au long des derniers mois, des Contis aux Molex, des Philips aux New Fabris, j'ai effectué une visite auprès des syndicalistes menant ou ayant mené ces luttes, pour leur donner la parole.

J'ai rencontré les salariés de 25 entreprises, dont une majorité d'entreprises donneurs d'ordre ou sous-traitantes de l'automobile, et dont cinq publiques ou récemment privatisées. Ils m'ont exposé les décisions (fermeture, plan social, délocalisation) contre lesquelles ils ont lutté ou luttent encore, ce que la lutte leur a permis d'obtenir ou non, ce qu'ils en retirent comme leçon.

Aussi j'ai ajouté à l'enquête une partie de propositions, sur ce que pourrait être une véritable politique industrielle en France ou en Europe, sur les mesures, radicales, qui devraient être prises ou imposées pour faire face à cette hémorragie et à ce gâchis humain : limitation du pouvoir de la finance, devenue souveraine, extension du pouvoir des salariés, reprise de l'entreprise par eux, reconversion, relocalisation, RTT…

Je conclus de cette enquête l'absence ou l'insuffisance d'un soutien, d'une coordination de ces luttes, et surtout d'une réflexion sur les solutions, de la part des principaux syndicats et partis politiques de gauche.

Evelyne Perrin

Brésil : Dilma Rousseff devrait succéder à Lula

Rémy Querbouët et Richard Neuville *
Le 3 Octobre prochain, 135 millions d'électeur-trice-s brésilien-ne-s seront appelé-e-s aux urnes pour le premier tour des élections générales. A cette occasion, ils/elles désigneront à la fois le président de la République, les parlementaires au niveau fédéral et régional (les États) et les gouverneurs des États. Le second tour aura lieu fin Octobre et les prises de fonctions début Janvier. Le Parti des travailleurs (PT), premier parti brésilien, gère actuellement trois Etats sur vingt-sept et compte soixante dix-neuf députés sur cinq cent-treize ainsi que dix sénateurs sur quatre-vingt-un. Élu à la présidence en 2002, Luiz Inácio «Lula» da Silva du PT, a dirigé le pays pendant huit ans en composant des coalitions avec d’autres formations. Selon divers sondages, sa politique obtiendrait l’approbation de 77% des Brésiliens. Il est devenu le président le plus populaire de l’histoire de la République. Si la constitution ne limitait pas le nombre de mandats successifs, il serait probablement réélu très facilement dès le premier tour. Si les autres élections sont particulièrement importantes, c’est surtout l’élection présidentielle qui focalise les attentions car pour une partie de la gauche brésilienne et internationale et nombre d’observateurs le bilan des deux mandats de Lula est sans doute plus contrasté que ne l’indique les sondages et les discours élogieux de la presse économique et internationale.

samedi 11 septembre 2010

Fonds Yasuní-ITT (Equateur) : une première initiative concrète pour agir pour le climat


Richard Neuville
(Article paru dans Rouge et Vert n°311)

Chargé de réfléchir sur les avancées et les limites du Protocole de Kyoto, le Sommet mondial de Copenhague, en décembre 2009, a été un échec patent et a démontré clairement que les intérêts économiques des pays riches prédominent sur l’avenir de la planète. Les Etats-Unis et la Chine, avec la complicité de 28 pays, y ont imposé leur loi. Heureusement la conférence alternative sur le changement climatique de Cochabamba (Bolivie) en avril, qui réunissait principalement des mouvements sociaux et des ONG, a permis la ratification de « l’accord des peuples » et le renforcement d’un mouvement pour la justice climatique. Dans ce contexte, l’initiative Yasuni-ITT en Equateur doit retenir toute notre attention car elle revêt un caractère original et tend à inverser la tendance productiviste qui a prévalue depuis deux siècles. En effet, les mots et les déclarations d’intention ne suffisent plus, il importe d’agir vite contre le réchauffement global et le changement climatique pour l’avenir des générations futures.

dimanche 5 septembre 2010

TERRITOIRES EN TRANSITION : UN CHEMIN D'AUTO-ORGANISATION DE LA SOCIETE

Joël MARTINE, Marseille, août 2010

Parti de petites villes anglaises en 2006, le mouvement des Territoires en transition est une méthode de l'action collective nouvelle et prometteuse en réponse au pic pétrolier et au dérèglement climatique. On demande aux gens de s'interroger sur ce qu'ils peuvent faire avec les ressources existant autour d'eux sur un territoire précis, et pouvant être mises en oeuvre sans attendre des décisions des pouvoirs publics (mais en créant le rapport de force qui rendra ces décisions possibles). Par cette prise de conscience et cette prise en main collective de la vie locale, les gens sortent de l'alternance entre insouciance irresponsable et angoisse paralysante.
Il est décisif que cette démarche soit reprise par les citoyens, les collectifs militants, et les élus : c'est une approche pragmatique qui pourrait transformer les conditions mêmes de l'action politique et contribuer à débloquer l'auto-transformation de la société.

Communiqué de l'Association d'Ex Prisonniers Politiques Chiliens (France)

La presse écrite et audiovisuelle chilienne et internationale annonce l'heureuse nouvelle : les 33 mineurs enfouis depuis deux semaines à 700 m de profondeur dans une mine du Nord du Chili sont en vie ! [1] Nous nous en réjouissons. En revanche, les médias chiliens passent sous silence absolu la grève de la faim, menée depuis le 12 juillet par 32 prisonniers politiques mapuches (principal peuple originaire) pour protester contre de graves violations des droits de l'homme commises à leur encontre. Silence complice des médias que l'Ordre des Journalistes chiliens a condamné récemment.
Les grévistes exigent l'abrogation de la loi antiterroriste héritée de Pinochet, la fin des doubles procès par de tribunaux civils et militaires, la suppression de l'utilisation de témoins masqués ne donnant aucune garantie d'impartialité, la démilitarisation du territoire mapuche, et enfin, de mettre terme aux détentions préventives qui les maintiennent en prison pendant des mois, voire parfois des années.
Actuellement 96 Mapuches sont en prison, accusés d'actions «terroristes», alors qu'ils ne font que lutter pour la récupération de leurs territoires ancestraux, le respect de leur culture et la conservation de leur écosystème afin d'éviter le saccage des forêts, la pollution des lacs et des rivières, etc.
Le nouveau gouvernement issu de la droite pinochétiste, aggrave la politique néolibérale héritée de la dictature, héritage que les gouvernements de la Concertation n'ont jamais fondamentalement modifié.
Nous dénonçons cette réalité et appelons l'opinion publique internationale à se mobiliser activement face à la dramatique situation de ces prisonniers politiques mapuche.

Association d'Ex Prisonniers Politiques Chiliens (France)
Paris, samedi 28 août 2010
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[1] L’effondrement de la mine San José, scénario du drame, était prévisible. Des accidents graves survenus avaient motivé en 2004 un recours interposé par le syndicat, qui fut rejeté par la cour d’appel.

Autonomie, auto-organisation et stratégies de pouvoir des mouvements sociaux en Amérique latine

Richard Neuville *
La première partie de cet exposé s’appuie sur les travaux du GEAL (Groupe d’études Amérique latine : Argentine) et notamment un article de février 2009 **

Vue d’Europe, on peut caractériser l’Amérique latine comme un pôle de résistance et un laboratoire social. Si l’Amérique latine a longtemps été un terreau fertile pour les expériences révolutionnaires. Depuis une vingtaine d’années, elle est probablement devenue le principal foyer de résistance à la mondialisation capitaliste et à l’hégémonie de l’Empire. La richesse et la diversité de ces expériences permettent de qualifier le sous-continent de véritable laboratoire social.
La décennie des années 90 a été marquée par un nouveau cycle de conflits et de mobilisations qui ont contesté le modèle néolibéral :
o Soulèvement zapatiste en 1994 contre l’entrée en vigueur de l’ALENA,
o Barrages de routes par les piqueteros en 1996,
o Mobilisations indigènes et paysannes en Equateur qui ont précipité la chute du gouvernement d’Abdala Bucaram en 1997.
Ces événements : au Nord, au Sud et dans les Andes caractérisent la dimension régionale de ce cycle de protestations.

mercredi 25 août 2010

Intrigues de palais au Paraguay

La Valise diplomatique
Maurice Lemoine
Mercredi 25 août 2010

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-08-25-Paraguay
Le 25 décembre 2007, en annonçant sa candidature à la magistrature suprême, l’ancien évêque des pauvres, Fernando Lugo, déclarait : « A mon sens, la société paraguayenne est divisée entre ceux qui volent et ceux qui sont victimes du vol, entre ceux qui agressent et ceux qui sont agressés. » Fort de l’appui des organisations populaires, syndicales et paysannes, il accéda, le 20 avril 2008, à la présidence du Paraguay, avec 42 % des suffrages exprimés. « Cette même semaine, a-t-il raconté depuis (Pagina 12, Buenos Aires, 20 août 2010), j’ai reçu la visite de l’ambassadeur des Etats-Unis. Il m’a laissé une enveloppe pour que je l’ouvre, après le repas. C’était la liste des personnes qui devaient entrer dans mon gouvernement. Trois noms par ministère ! »
Pour accéder à la tête de l’Etat, M. Lugo avait bénéficié de l’appui d’une plate-forme politique, l’Alliance patriotique pour le changement (APC), à laquelle se rallia, par pur opportunisme, le Parti libéral radical authentique (PLRA ; droite), incapable jusque-là de battre en brèche la domination du Parti Colorado, au pouvoir depuis soixante ans.
Sans parti, et bien que ne disposant pas d’appui au Parlement, M. Lugo mène une modeste mais réelle politique sociale, tout en entretenant des relations cordiales avec les présidents Luiz Inãcio Lula da Silva (Brésil), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur) et Hugo Chávez (Venezuela) – pour ne citer qu’eux. Plus grave encore (si l’on peut s’exprimer ainsi), en août 2009, il a lancé un appel à approfondir la démocratie et à la rendre plus « participative » – allant jusqu’à envisager des consultations de la population.

mardi 24 août 2010

Leçons des expériences autogestionnaires passées et en cours

Evelyne Perrin (FASE)


La lecture du riche et passionnant ouvrage collectif paru en mai 2010 chez Syllepse, sous le titre « Autogestion hier, aujourd’hui, demain » (Lucien Collonges coord.), inspire quelques réflexions, bien entendu soumises au débat, sur les leçons qu’il faut tirer des expériences autogestionnaires qui se sont succédées dans l’histoire, dans de nombreux pays, et qui se déroulent aujourd’hui sous nos yeux en Amérique Latine.
En effet, ce livre nécessaire passe en revue, plus ou moins longuement, les cas de la Commune de Paris, de l’autogestion catalane de 36, des réquisitions marseillaises de 1944 à 1947, de l’Algérie de Ben Bella de 1962 à 1965, de l’expérience autogestionnaire de la Yougoslavie de 1953 à 1980, des conseils ouvriers de Budapest en 1956, du Printemps de Prague en 1968-69, celui du Chili de Allende de 1970 à 1973, de la Révolution des Œillets au Portugal en 1974, de l’expérience polonaise de Solidarnosc en 1980-1981, pour finir par la commune libre de Oaxaca au Mexique en 2006, et par les expériences actuelles de l’Argentine, du Venezuela, de l’Equateur et de la Bolivie.
Tout d’abord, l’autogestion généralisée n’apparaît pas n’importe quand. Il lui faut en général des conditions bien précises de crise ou de vacance du pouvoir, de délégitimation de l’autorité de l’Etat, ou de celle du patronat (pour faits de collaboration avec l’ennemi par exemple, comme en France au sortir de la seconde guerre mondiale, ou du fait de sa fuite, comme en Argentine), et de situations de grave pénurie ou chaos nécessitant et suscitant l’intervention populaire.

En écho à "L’AUTOGESTION, hier, aujourd’hui, demain", (Ed. Syllepse).

Collectif Lucien Collonges (coord.)

Gilbert Dalgalian * 


L’autogestion est à la fois une approche théorique pour approfondir la démocratie et des pratiques de démocratie directe. Sous ces deux aspects l’autogestion – comme ce livre, coordonné par le collectif Lucien Collonges, qui en déploie les nombreuses facettes – s’inscrit dans une histoire, mais aussi et surtout dans une actualité de crises multiples.

Comme pratique, l'autogestion est une réponse concrète immédiate aux urgences et aux régressions, ainsi qu'à la faillite de l'État (qui privatise jusqu'aux biens universels), de l'entreprise (soumise aux diktats de la finance) et de nombreux secteurs de la vie sociale pour lesquels la seule délégation de pouvoir ne garantit plus une gestion équitable et efficace. L'autogestion est une recherche permanente de solutions alternatives.


I. Le contexte historique
Voyons d’abord ce contexte sur la longue durée. La démocratie directe, comme gestion ou contrôle citoyen, a toujours été présente, sous des formes et dans des limites variables, dans tous les systèmes sociaux. Aucun système social ni régime politique n’a réussi à l’échelle historique à occuper tout l’espace des pouvoirs et de la gestion des sociétés.
Ces espaces de démocratie directe se sont au fil du temps amplifiés sous les régimes de démocratie représentative (monarchies constitutionnelles, républiques). Les associations, les syndicats, les partis, les mutuelles, les coopératives sont – chacun à sa façon – des espaces de démocratie directe où la gestion et le contrôle ne sont limités que par le manque de vigilance de leurs membres et les dérives bureaucratiques.

vendredi 20 août 2010

Bolivie, Potosi: grève générale, blocages de routes… rébellion sociale

L'administrateur ne partage pas toutes les analyses de cet article, notamment sur le rôle du Comité civique mais il est un des rares disponibles en français et il a le grand mérite de relater les événements et d'expliciter les enjeux dans le département de Potosi.

Article repris sur le site :
http://amerikenlutte.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1431&Itemid=50

Au cœur de l’été, nous avons été “informés” par la presse d’un conflit en Bolivie par le seul fait que quelques dizaines de Français s’y sont trouvé bloqués (“otages”) pendant plusieurs jours. Quant aux raisons de ce conflit, rien n’a filtré. Déjà que les luttes sociales en France ne font pas la une des médias, alors un obscur conflit dans l’altiplano andin…
La ville minière de Potosi, au sud de la Bolivie, située à 4100 mètres d’altitude (une des plus haute au monde), est paralysée depuis le 29 juillet par un conflit social d’une très grande ampleur.
Le conflit a été déclenché à cause d’un tracé des frontières séparant les départements d’Oruro et de Potosí. Jusque là, cela n’avait jamais été un problème. Mais la découverte récente d’un gisement de calcaire dans le cerro (montagne) Pahu a été l’élément déclencheur d’une mobilisation des divers secteurs sociaux et politiques de la ville et de la région. Cette découverte pourrait en effet entraîner la création d’une usine de ciment pour une durée de 40 ans. Pour les potosinos, le gisement correspond à la commune de Coroma, située dans leur département. Pour les oruroreños, il est situé sur la commune de Quillacas. L’enjeu d’autant plus important si l’on sait que cette montagne pourrait aussi receler divers minerais, on parle d’or, de lithium, de cuivre et d’uranium.Devant l’absence d’intervention du gouvernement national à leur demande, les potosinos ont élaboré une liste de revendications et ont initié un mouvement de grève : grève générale avec piquets, jeûnes volontaires, blocages des axes de communication.