Intervention pour l'Association pour l'autogestion
Par Richard Neuville
La Xe Rencontre internationale de l' « Économie des travailleurs et travailleuses » s'est tenue dans la ville de La Rioja du 27 au 29 novembre 2025. Elle a réuni plus de 200 participant-e-s venu-e-s d'une douzaine de pays des Amériques et d'Europe, membres d'entreprises récupérées et autogérées, de fédérations de coopératives, de mouvements sociaux de l'économie populaire, d'organisations syndicales, de collectifs universitaires et d'autres collectifs liés à la classe ouvrière autogérée.
Symbole du maillage des entreprises récupérées par les travailleur-se-s en Argentine, la province très peu peuplée de La Rioja (330 000 habitant-e-s) compte 17 ERT sur son territoire. Pour des raisons politiques et économiques, la participation et la diversité des représentant-e-s ont été moindres que lors des précédentes rencontres. Ainsi nombre d’ERT, de coopératives n’ont pas pu y participer pour des raisons purement économiques. Mais plus globalement, des délégations étrangères, habituellement assez importantes à l’image des mexicain-e-s ou uruguayen-e-s, ont envoyé un nombre de représentant-e-s bien plus réduit cette année, principalement des universitaires. À relever cependant la vitalité et la jeunesse de la délégation chilienne, principalement issue de la fédération de coopératives de travail et solidarité (TRASOL) qui était très étoffée avec 35 représentant-e-s, très majoritairement de femmes et qui a joué un rôle très actif.
Les débats ont porté sur les problèmes et les potentialités de l'économie autogérée dans un contexte de rudes attaques contre les travailleur-se-s liées à la progression des droites radicales et du néofascisme dans le monde. Comme le rappelle la déclaration finale, il a été réaffirmé que « face à cette menace contre les peuples du monde, la classe ouvrière doit surmonter la fragmentation à laquelle la soumet le capitalisme ultralibéral, renforcer son auto-organisation pour la défense de ses intérêts et, surtout, défendre ses expériences les plus avancées d'auto-organisation et d'autogestion »1. Ces pratiques doivent également être développées comme une forme alternative d'organisation du travail, de la production et de la soutenabilité de la vie à celle que le projet ultralibéral tente d'imposer. Comme lors des précédentes, la rencontre a été de nouveau un outil d'échanges et d'apprentissages dans une perspective d'esquisses d'alternatives autogérées à partir des expériences concrètes de la classe ouvrière dans différents contextes et régions du monde.
Les débats se sont répartis entre tables rondes et ateliers en partant du plus général vers le plus particulier avec comme thématiques : « Analyse de la situation de la classe ouvrière dans la crise politique, économique et écologique du capitalisme global. L’autogestion face aux défis des nouvelles et vieilles droites » ; « Autogestion comme pratique et comme projet alternatif. Expériences internationales » ; « les entreprises récupérées par les travailleur-se-s sous le gouvernement de Milei » ; « l’économie des travailleur-se-s dans une perspective de genre » ; « État et politiques publiques dans l’économie des travailleur-se-s » ; « La sécurité sociale dans les coopératives » ; « Analyse collective sur les interactions économiques et impacts sur les pouvoirs décisionnels » ; « Expériences d’autogestion populaire, genre et éducation » ; » Défis en termes d’organisation et politique pour le syndicalisme et autres formes d’organisation de travailleur-se-s face au capitalisme néolibéral global » ; « Production industrielle, commercialisation et articulation dans le secteur coopératif – Production agricole autogérée et communautaire » ; « Expériences d’autogestion et récupération d’entreprises en Argentine. Les défis de l’autogestion dans le contexte ultra-libéral ». En outre, différents livres ont été présentés tels que : « Produire dans la nouvelle mondialisation » ; « Les droites de droite. La victoire du capitalisme mondialisé » de Mario Hernández ; « L’autogestion comme forme de lutte. Questions pour construire un chemin commun » de la fédération TRASOL du Chili.
Pour Andrés Ruggeri, les débats se sont concentrés principalement sur l'Amérique latine et ont manqué de perspectives internationales sur l'autogestion2. La faible participation des Européens et le peu d'expériences en cours sur notre continent peuvent expliquer ce constat. Il a également expliqué que le mouvement des entreprises récupérées en Argentine est actuellement en grave danger, avec une diminution de 30 entreprises récupérées, une perte de 10% des emplois et une réduction des salaires pouvant aller jusqu'à 50% , principalement à cause des politiques économiques ultralibérales de Milei. La pénétration des idées libertariennes de Milei au sein des collectifs de travail pose des questions nouvelles sur l'impact de ces idées sur la culture de l'autogestion.
Lors de la clôture, la « rencontre a exprimé :
a)
sa solidarité active avec le peuple palestinien et pour la fin de
l'occupation, du
génocide et de l'agression constante de l'État
d'Israël et de ses alliés occidentaux ;
b) elle s'est prononcée contre l'agression impérialiste des États-Unis contre le Venezuela et pour la consolidation de l'Amérique latine et des Caraïbes en tant que zone de paix ;
c) son soutien à l'autogestion de l'usine GKN de Florence, en Italie ;
d) son opposition à la vente aux enchères dont menace le pouvoir judiciaire l'entreprise récupérée Gráficos Asociados de la province de Mendoza, en Argentine ;
e) sa condamnation de la fermeture et de l'ordre d'expulsion contre l'usine récupérée La Litoraleña de la ville de Buenos Aires ;
f)
en soutien à la poursuite du travail de l'usine récupérée
Cristalería Vitrofín, de
Cañada de Gómez, Santa Fe, menacée
par la coupure de l'approvisionnement de gaz ;
g) et en soutien à la loi d'expropriation de l'imprimerie Morvillo, dans la province de Buenos Aires. »
En ce qui concerne le fonctionnement de la rencontre, il a été mentionné lors de la séance plénière qu'il était nécessaire de continuer à perfectionner les mécanismes de participation et à élargir les espaces de travail, en envisageant la possibilité que ceux-ci ne soient pas subordonnés aux propositions reçues, mais qu'il y ait une planification préalable, toutes ces questions devant être traitées par le comité organisateur en vue de la prochaine rencontre. À titre d'exemple, Les questions de filières de commercialisation des produits des coopératives restent toujours en chantier.
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| Clôture de la rencontre |
La XIe Rencontre internationale pourrait avoir lieu en juillet 2027. Plusieurs propositions ont été formulées : Chili, Bolivie, Uruguay et Italie. Compte tenu des difficultés logistiques croissantes, de la hausse du prix des billets d'avions et d'autres questions, il a également été convenu que les rencontres régionales de 2026 n'auraient lieu que si une proposition effective était faite par une organisation se proposant de l'accueillir. Cela doit également être examiné en fonction des conditions politiques de son organisation, en raison des persécutions croissantes de l'extrême droite dans les pays où elle gouverne. À cet égard, et bien que la rencontre se soit déroulée normalement, la visite inhabituelle d'agents de la Direction des migrations dans l'un des hôtels où étaient logés des participant-e-s étranger-ère-s participant à la rencontre a été dénoncée, comme une tentative claire d'intimidation qui ne s'était jamais produite lors des nombreuses rencontres organisées précédemment en Argentine.
En conclusion, Il convient de signaler la qualité des débats, d’écoute et de tolérance entre les participant-e-s lors de cette rencontre. La participation de chacun-e à été active et a permis de réels échanges. Les divergences n'ont pas été esquivées, elles se sont exprimées sans jugement. Certaines questions restent en débat, certaines définitions également à l’image des notions de « récupération / reprises d'entreprises », d’« économie des travailleur-se-s », etc. Dans un contexte d'offensive des droites de droite et de menace néofasciste, la dimension internationale et internationaliste a été permanente. Cette offensive a fait l’objet d’une attention toute particulière compte tenu de ses conséquences pour les classes ouvrières des différents pays. Le contexte politique et économique argentin, les difficultés rencontrées par les entreprises récupérées par les travailleur-se-s (ERT) en Argentine ont compliqué l’organisation de cette rencontre d’un point de vue financier3.
1 DECLARACIÓN FINAL DEL “X ENCUENTRO INTERNACIONAL LA ECONOMÍA DE LAS Y LOS TRABAJADORES”, La Rioja, 29 de noviembre de 2025, Site du programa Facultad Abierta : Recuperadas.doc :https://recuperadasdoc.com.ar/ENCUENTROS Declaraci%C3%B3n%20Final%2009122025.pdf Consultable en français sur le site de l'Association pour l'Autogestion : https://autogestion.asso.fr/
2 Webinaire de bilan de la rencontre de La Rioja organisée par l'Association Autogestion et l'Union syndicale Solidaires le 15 décembre : 3. https://autogestion.asso.fr/debut-de-la-rencontre-internationale-pour-leconomie-des-travailleur-se-s-en-argentine/
3 Richard Neuville, « Argentine : Les entreprises récupérées en butte au libertarisme », Association Autogestion, 29 octobre 2025 : 4. https://autogestion.asso.fr/les-entreprises-recuperees-en-butte-au-libertarisme/ ou sur ce site.




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