M. Colloghan

mercredi 20 décembre 2017

Présentation Réseau international de l’« Economie des travailleur-se-s »



Université d’automne Global Labour Intertional / ReAct 20 au 22 novembre 2017




Intervention Richard Neuville sur le Réseau international de l’« Economie des travailleur-se-s » 

I. Historique du réseau
II. Fondements
III. Axes de débats
Vers une articulation accrue entre les acteurs et notamment syndicaux

Historique du réseau

Le réseau est né en 2007 à l’initiative de chercheurs de l’université de Buenos Aires qui avaient suivis et accompagnés le processus de récupération d’entreprises par les travailleur-se-s (ERT) depuis 2001 en Argentine dans le cadre du programme Facultad Abierta.

A l’origine, le réseau était principalement composé d’universitaires argentins, brésiliens, mexicains et uruguayens. Ses membres ont décidé d’organiser des rencontres Internationales de « L’Économie des travailleurs-ses » tous les deux ans à partir de juillet 2007.

Les rencontres s’articulent comme un espace de débat entre des travailleur-se-s, des syndicalistes, des militant-e-s sociaux et politiques, des intellectuel-le-s et des universitaires sur les problèmes et les potentialités des expériences rencontrées par les travailleuses et les travailleurs.

Elles sont basées sur l’autogestion et la défense des droits et des intérêts de la population qui vit de son travail, dans les conditions actuelles du capitalisme mondialisé néolibéral. Dans ce type de rencontre, les expériences d’autogestion générées par les travailleurs sud-américains et européens, comme les entreprises récupérées, les mouvements coopératifs de travailleur-se-s, les expériences de contrôle ouvrier et de cogestion, l’économie solidaire et les autres luttes pour l’auto-organisation du travail et l’autogestion de l’économie définissent les axes de débat. Ces expériences impliquent de rediscuter et de repenser les problèmes nouveaux et anciens de la classe ouvrière, en les actualisant dans le contexte d’hégémonie néolibérale mondiale.

C’est sur ce principe que des camarades originaires d'une trentaine de pays des Amériques, d’Europe, d’Afrique et d’Océanie ont participé aux six rencontres internationales : Buenos Aires (2007 et 2009), dans la ville de Mexico (2011), à João Pessoa au Brésil (2013), à Punto Fijo au Venezuela (2015) et Pigüé dans la Pampa argentine (2017).

Á João Pessoa, il fut décidé d’organiser des rencontres régionales au cours des années intermédiaires. C’est ainsi qu’est née l’idée d’organiser la première rencontre régionale européenne en France dans l’usine Fralib (alors en lutte et processus de récupération) à Gémenos les 31 janvier et 1er février 2014. La même année, les premières rencontres sud-américaine et centre/nord-américaine furent organisées respectivement en octobre dans l’usine de Textiles Pigüé (Argentine) et en novembre dans l’université ouvrière de Mexico dans un contexte de luttes importantes contre la répression des mouvements sociaux. A l’automne 2016, les deuxièmes rencontres régionales ont eu lieu à Montevideo, Thessalonique (Vio-Me) et Mexico.

Les rencontres régionales ont inauguré une délocalisation des lieux de débats en les transférant des universités vers des lieux de production autogérés (usines Fralib, Textiles Pigüé, Vio-Me). Mais surtout elles ont permis une plus grande diversité des acteurs de l’autogestion et notamment syndicaux : Au Mexique avec la Nouvelle centrale des travailleurs (NCT)[1] qui intègre l’Alliance coopérative nationale (ALCONA)[2], soit 200 coopératives (dont des ERT telles que TRADOC, ex Continental, Pascual) ; En Uruguay, le PIT-CNT[3] qui joue un rôle important dans la récupération des entreprises ; en Argentine, la CGT dans le secteur de l’imprimerie (Gráficos)[4] ou de la métallurgie secteur de Quilmes[5] ; le Réseau syndical international de solidarité et de luttes[6] avec la CGTe et l’Union syndicale Solidaires. En France, la participation de la CGT, qui a eu un rôle important dans la récupération des entreprises par les travailleurs depuis 2010, serait souhaitable.

D’une manière générale, le rôle des syndicats dans les processus de récupération des entreprises est très divers : important en Uruguay avec le PIT-CNT, assez important au Brésil dans les années 90/2000 avec la CUT avec la création d’UNISOL par des syndicats de la métallurgie et la chimie, assez faible en Argentine hormis dans les secteurs précités et important en France avec des équipes cégétistes et très rarement cédétistes.

Compte tenu des succès en termes de participation et de confrontation d’expériences, il fut décidé de pérenniser et d’amplifier ces rencontres régionales

Le réseau de « L’Économie des travailleur-se-s » n’est pas seulement un espace de débat mais également de solidarité avec les luttes de la classe ouvrière et des peuples du monde.

Au cours d’une décennie de rencontres mondiales puis régionales à partir de 2014, le réseau de l’Économie des travailleurs-ses s’est étoffé et diversifié.
De réseau universitaire à l’origine, il est parvenu à agréger progressivement de nombreux acteurs de l’autogestion, à commencer par les travailleurs-ses des entreprises récupérées. Si la participation des organisations syndicales reste très modeste, la volonté de les inclure est sans ambiguïté. Les organisations syndicales doivent investir cet espace, indépendamment du passif entre les réseaux syndicaux et coopératifs ou mutualistes. Lors de la dernière rencontre, la transition entre un réseau international et la constitution d’un « mouvement autogestionnaire mondial » susceptible d’avancer sur une réflexion stratégique face au modèle de domination capitaliste a été plus qu’esquissée.

II. Fondements

Ce n’est pas totalement un hasard si ce réseau est né en Amérique latine. Il y a d’abord, les programmes universitaires qui cherchent à articuler la réflexion théorique et la pratique en associant les travailleurs et l’engagement de chercheurs dans le suivi des processus. Selon l’expression de Pablo Peláez et d’Emiliano Balaguer, il s’agit d’articuler « la science des travailleurs et les travailleurs de la science »[7].
Mais, également des mouvements sociaux puissants, des organisations populaires et des mouvements de travailleur-se-s qui ont développé des processus d’organisation de base qui se sont traduits par l’autogestion des unités économiques productives ou de services. C’est le cas notamment des entreprises récupérées par leurs travailleur-se-s ou des formes de cogestion, de contrôle ouvrier et d’autogestion du travail dans des secteurs urbains et ruraux. Parfois, ces mouvements populaires sont parvenus à exercer une influence sur les gouvernements, en contribuant à la fois à redéfinir le rôle de ces états en tant que possibles vecteurs de dynamisation de ces processus, tout en restant des objets de contestation de pouvoir traditionnel et en posant de nouveau la relation entre ce pouvoir étatique et l’autonomie du mouvement populaire.

En articulant l'échange entre le monde universitaire engagé avec ces luttes, les travailleur-se-s et les militant-e-s sociaux, les rencontres de « L’Économie des travailleur-se-s » tentent d'aborder ces questions et de mettre en débat la lutte des travailleurs et des travailleuses dans les différents contextes nationaux, régionaux et internationaux. Elles cherchent ainsi à créer un espace de débat qui se développe à partir des perspectives des expériences d'autogestion économique des travailleurs. Les entreprises récupérées, les expériences autogestionnaires du travail, les coopératives, les mouvements de travailleurs organisés syndicalement, les travailleurs ruraux, les mouvements sociaux, les courants politiques et intellectuels, certains syndicats ont contribué au développement de ces rencontres.

Sous des formes distinctes, différents secteurs et les expressions d’une classe ouvrière de plus en plus diversifiée représentent déjà des alternatives qui ne se limitent pas à la sphère économique, mais qui concernent également des sphères qui permettent de percevoir une imbrication avec des processus culturels basés sur des relations non capitalistes et qui préfigurent des espaces où les relations internes de pouvoir et de genre sont susceptibles d'être rediscutées, tout comme la relation avec la communauté. Ces processus, présents dans les usines récupérées et les entreprises autogestionnaires émergentes, permettent d'entrevoir ce que les travailleur-se-s, à partir d'une planification consciente, pourraient proposer comme modèle alternatif au capitalisme ».

C’est pour cela que les rencontres de « L’Économie des travailleur-se-s » s'appuient systématiquement sur les expériences, tant du point de vue de la critique et la résistance à la gestion de l’économie par les capitalistes que sur le respect des formes de gestion de la classe ouvrière.

III. Axes de débats

Lors de la dernière édition, huit thèmes de débat avaient été retenus :
1.     Analyse politique et économique de la crise du capitalisme global

2.     L’autogestion comme pratique et comme projet alternatif

3.     Défis du syndicalisme et des autres formes d’organisation des travailleur-se-s salarié-e-s dans le capitalisme néolibéral global

4.     Précarisation et travail informel : exclusion, inclusion ou reformulation des formes de travail dans le capitalisme global ?

5.     L’économie des travailleur-se-s dans une perspective de genre(s)

6.     Articulation et intégration de l’économie des travailleur-se-s

7.     Etat et intégration de l’économie des travailleur-se-s

8.     Education populaire et production de savoirs dans l’économie des travailleur-se-s

Ils se déclinent soit en plénières, soit en ateliers, soit en commissions.

Pour en savoir plus :

– Benoît Borrits, « Définir les contours de l’Économie des travailleur-ses », Association Autogestion, 28 septembre 2017 : https://autogestion.asso.fr/definir-contours-de-leconomie-travailleur/
– Benoît Borrits & Richard Neuville « 6e Rencontre internationale de l’Économie des travailleurs-ses : Vers la constitution d’un mouvement autogestionnaire mondial ? », Association Autogestion, 11 septembre 2017 : https://autogestion.asso.fr/6e-rencontre-internationale-de-leconomie-des-travailleurs-ses-vers-la-constitution-dun-mouvement-autogestionnaire-mondial/
– Benoît Borrits & Richard Neuville, « Contribution à un nouveau projet de société, d’économie et de culture », Dossier Rencontre euro-méditerranéenne de l’économie des travailleur-ses, Cerises, n°307, 9 décembre 2016, p. 2-8, http://www.cerisesenligne.fr/file/archive/cerises-307.pdf .
– Benoît Borrits & Richard Neuville, « Succès de la 2e Rencontre euro-méditerranéenne de l’“Économie des travailleur-ses” à Thessalonique », 24 novembre 2016, http://www.autogestion.asso.fr/?p=6491 .
– Richard Neuville & Patrick Silberstein,« Le spectre et son esprit », Introduction chapitre «Rencontres internationales de l’“Économie des travailleurs”, Autogestion: l’encyclopédie internationale, numérique, Syllepse/Association pour l’autogestion,  2015, p. 2265-2269, https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_76_iprod_648-autogestion-l-encyclopedie-internationale.html .
– Benoît Borrits & Richard Neuville, «5e Rencontres internationales de « L’Économie des travailleurs : élargir l’internationalisation du processus et préciser le concept (2015) », 3 septembre 2015, http://www.autogestion.asso.fr/?p=5338  ; Autogestion : l’encyclopédie internationale, numérique, Syllepse/Association pour l’autogestion, 2015, p. 2289-229.
– Benoît Borrits & Richard Neuville, « Crisis en Europa y respuestas de los trabajadores y las trabajadoras en Francia », intervention à la 5e Rencontre internationale de l’“Économie des travailleur-ses », le 25 juillet à Punto Fijo, Venezuela; « Crise et réponses en France » (en castillan), Autogestion : l’encyclopédie internationale, numérique, Syllepse/Association pour l’autogestion, 2015, p. 1447-1456.
– Richard Neuville, «Enjeux et défis de la 5e Rencontre internationale de l’«Économie des travailleuses et des travailleurs», 5 mars 2015, http://www.autogestion.asso.fr/?p=4985 ; Alter Autogestion, 7 mars 2015, http://alterautogestion.blogspot.fr/2015/03/enjeux-et-defis-de-la-ve-rencontre.html .
– Richard Neuville, « L’économie des travailleur-ses », une rencontre sud-américaine porteuse de perspectives », 4 novembre 2014, http://www.autogestion.asso.fr/?p=4641 ; Autogestion : l’encyclopédie internationale, numérique, Syllepse/Association pour l’autogestion,  2015, p. 2278-2282.
– Richard Neuville, « Rencontre européenne : “L’économie des travailleurs” dans l’entreprise Fralib», ContreTemps, n°22, été 2014, p. 99-103; Autogestion: l’encyclopédie internationale, numérique, Syllepse/Association pour l’autogestion, 2015, p. 2284-2288; Alter Autogestion, 22 juillet 2014, http://alterautogestion.blogspot.fr/2014/07/rencontre-europeenne-leconomie-des.html
– Richard Neuville, « “Programa Facultad Abierta”: Les alternatives autogestionnaires dans le travail face à la crise économique globale », 9 septembre 2013 : http://www.autogestion.asso.fr/?p=3343 .

Liens utiles :

Facultad Abierta, Universidad de Buenos Aires, Empresas recuperadas: http://www.recuperadasdoc.com.ar/

La Economia de los/las Trabajadores/as, VI Encuentro internacional (Buenos Aires-Pigüé, 30 de agosto al 2 de septiembre): https://laeconomiadelostrabajadores.wordpress.com/

II Encuentro Regional Sudamericano – 20, 21 y 22 de Octubre 2016, Montevideo:https://laeconomiadelostrabajadores.wordpress.com/2017/05/26/ii-encuentro-regional-sudamericano-2016/

II EUROMEDITERRANEAN “WORKERS’ ECONOMY GATHERING”- THESSALONIKI, GREECE- 2016: https://laeconomiadelostrabajadores.wordpress.com/2017/05/25/ii-encuentro-regional-euromediterraneo-2016/


[1] Nueva central de trabajadores en México: http://www.nuevacentral.org.mx/
[2] Alianza cooperativista nacional: http://educacionalcona.com/
[3] Plenario Intersindical de Trabajadores-Convención Nacional de Trabajadores: www.pitcnt.uy
[4] FGB - Federación Gráfica Bonaerense: http://federaciongrafica.com.ar/
[5] Unión Obrera Metalúrgica Quilmes: http://www.uomquilmes.org.ar/
[6] Réseau syndical international de solidarité et de luttes : http://laboursolidarityandstruggle.org/site_francais/
[7] Pablo Peláez et d’Emiliano Balaguer, “La ciencia de los trabajadores y los trabajadores de la ciencia” in Andrés Ruggeri and co, Autogestión y luchas obreras: del 2001 al nuevo liberalismo, Cooperativa cultural Callao, Buenos Aires, Agosto de 2017, p.21-28.

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