mercredi 25 août 2010

Intrigues de palais au Paraguay

La Valise diplomatique
Maurice Lemoine
Mercredi 25 août 2010

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-08-25-Paraguay
Le 25 décembre 2007, en annonçant sa candidature à la magistrature suprême, l’ancien évêque des pauvres, Fernando Lugo, déclarait : « A mon sens, la société paraguayenne est divisée entre ceux qui volent et ceux qui sont victimes du vol, entre ceux qui agressent et ceux qui sont agressés. » Fort de l’appui des organisations populaires, syndicales et paysannes, il accéda, le 20 avril 2008, à la présidence du Paraguay, avec 42 % des suffrages exprimés. « Cette même semaine, a-t-il raconté depuis (Pagina 12, Buenos Aires, 20 août 2010), j’ai reçu la visite de l’ambassadeur des Etats-Unis. Il m’a laissé une enveloppe pour que je l’ouvre, après le repas. C’était la liste des personnes qui devaient entrer dans mon gouvernement. Trois noms par ministère ! »
Pour accéder à la tête de l’Etat, M. Lugo avait bénéficié de l’appui d’une plate-forme politique, l’Alliance patriotique pour le changement (APC), à laquelle se rallia, par pur opportunisme, le Parti libéral radical authentique (PLRA ; droite), incapable jusque-là de battre en brèche la domination du Parti Colorado, au pouvoir depuis soixante ans.
Sans parti, et bien que ne disposant pas d’appui au Parlement, M. Lugo mène une modeste mais réelle politique sociale, tout en entretenant des relations cordiales avec les présidents Luiz Inãcio Lula da Silva (Brésil), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur) et Hugo Chávez (Venezuela) – pour ne citer qu’eux. Plus grave encore (si l’on peut s’exprimer ainsi), en août 2009, il a lancé un appel à approfondir la démocratie et à la rendre plus « participative » – allant jusqu’à envisager des consultations de la population.

mardi 24 août 2010

Leçons des expériences autogestionnaires passées et en cours

Evelyne Perrin (FASE)


La lecture du riche et passionnant ouvrage collectif paru en mai 2010 chez Syllepse, sous le titre « Autogestion hier, aujourd’hui, demain » (Lucien Collonges coord.), inspire quelques réflexions, bien entendu soumises au débat, sur les leçons qu’il faut tirer des expériences autogestionnaires qui se sont succédées dans l’histoire, dans de nombreux pays, et qui se déroulent aujourd’hui sous nos yeux en Amérique Latine.
En effet, ce livre nécessaire passe en revue, plus ou moins longuement, les cas de la Commune de Paris, de l’autogestion catalane de 36, des réquisitions marseillaises de 1944 à 1947, de l’Algérie de Ben Bella de 1962 à 1965, de l’expérience autogestionnaire de la Yougoslavie de 1953 à 1980, des conseils ouvriers de Budapest en 1956, du Printemps de Prague en 1968-69, celui du Chili de Allende de 1970 à 1973, de la Révolution des Œillets au Portugal en 1974, de l’expérience polonaise de Solidarnosc en 1980-1981, pour finir par la commune libre de Oaxaca au Mexique en 2006, et par les expériences actuelles de l’Argentine, du Venezuela, de l’Equateur et de la Bolivie.
Tout d’abord, l’autogestion généralisée n’apparaît pas n’importe quand. Il lui faut en général des conditions bien précises de crise ou de vacance du pouvoir, de délégitimation de l’autorité de l’Etat, ou de celle du patronat (pour faits de collaboration avec l’ennemi par exemple, comme en France au sortir de la seconde guerre mondiale, ou du fait de sa fuite, comme en Argentine), et de situations de grave pénurie ou chaos nécessitant et suscitant l’intervention populaire.

En écho à "L’AUTOGESTION, hier, aujourd’hui, demain", (Ed. Syllepse).

Collectif Lucien Collonges (coord.)

Gilbert Dalgalian * 


L’autogestion est à la fois une approche théorique pour approfondir la démocratie et des pratiques de démocratie directe. Sous ces deux aspects l’autogestion – comme ce livre, coordonné par le collectif Lucien Collonges, qui en déploie les nombreuses facettes – s’inscrit dans une histoire, mais aussi et surtout dans une actualité de crises multiples.

Comme pratique, l'autogestion est une réponse concrète immédiate aux urgences et aux régressions, ainsi qu'à la faillite de l'État (qui privatise jusqu'aux biens universels), de l'entreprise (soumise aux diktats de la finance) et de nombreux secteurs de la vie sociale pour lesquels la seule délégation de pouvoir ne garantit plus une gestion équitable et efficace. L'autogestion est une recherche permanente de solutions alternatives.


I. Le contexte historique
Voyons d’abord ce contexte sur la longue durée. La démocratie directe, comme gestion ou contrôle citoyen, a toujours été présente, sous des formes et dans des limites variables, dans tous les systèmes sociaux. Aucun système social ni régime politique n’a réussi à l’échelle historique à occuper tout l’espace des pouvoirs et de la gestion des sociétés.
Ces espaces de démocratie directe se sont au fil du temps amplifiés sous les régimes de démocratie représentative (monarchies constitutionnelles, républiques). Les associations, les syndicats, les partis, les mutuelles, les coopératives sont – chacun à sa façon – des espaces de démocratie directe où la gestion et le contrôle ne sont limités que par le manque de vigilance de leurs membres et les dérives bureaucratiques.

vendredi 20 août 2010

Bolivie, Potosi: grève générale, blocages de routes… rébellion sociale

L'administrateur ne partage pas toutes les analyses de cet article, notamment sur le rôle du Comité civique mais il est un des rares disponibles en français et il a le grand mérite de relater les événements et d'expliciter les enjeux dans le département de Potosi.

Article repris sur le site :
http://amerikenlutte.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1431&Itemid=50

Au cœur de l’été, nous avons été “informés” par la presse d’un conflit en Bolivie par le seul fait que quelques dizaines de Français s’y sont trouvé bloqués (“otages”) pendant plusieurs jours. Quant aux raisons de ce conflit, rien n’a filtré. Déjà que les luttes sociales en France ne font pas la une des médias, alors un obscur conflit dans l’altiplano andin…
La ville minière de Potosi, au sud de la Bolivie, située à 4100 mètres d’altitude (une des plus haute au monde), est paralysée depuis le 29 juillet par un conflit social d’une très grande ampleur.
Le conflit a été déclenché à cause d’un tracé des frontières séparant les départements d’Oruro et de Potosí. Jusque là, cela n’avait jamais été un problème. Mais la découverte récente d’un gisement de calcaire dans le cerro (montagne) Pahu a été l’élément déclencheur d’une mobilisation des divers secteurs sociaux et politiques de la ville et de la région. Cette découverte pourrait en effet entraîner la création d’une usine de ciment pour une durée de 40 ans. Pour les potosinos, le gisement correspond à la commune de Coroma, située dans leur département. Pour les oruroreños, il est situé sur la commune de Quillacas. L’enjeu d’autant plus important si l’on sait que cette montagne pourrait aussi receler divers minerais, on parle d’or, de lithium, de cuivre et d’uranium.Devant l’absence d’intervention du gouvernement national à leur demande, les potosinos ont élaboré une liste de revendications et ont initié un mouvement de grève : grève générale avec piquets, jeûnes volontaires, blocages des axes de communication.

Le sommet Chavez-Santos en Colombie: l’éruption d’une paix négociée grâce à UNASUR

Après les fortes tensions observées cet été, la rencontre au sommet Chavez-Santos pourrait ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre la Colombie et le Venezuela. Cet article apporte des éclairages intéressants sur la situation entre les deux pays et le rôle joué par la diplomatie brésilienne et l'UNASUR en Amérique latine.

Par Francisco Dominguez, secrétaire de Venezuela Solidarity Campaign
Les relations déjà mauvaises entre le Venezuela et la Colombie ont empiré à la suite des accusations de Luis Hoyso, représentant du gouvernement Uribe à l’OEA (Organisation des Etats Américains), selon lesquelles le gouvernement vénézuelien abriterait des guérilleros colombiens (1500) et autoriserait sur son territoire des camps d’entraînement à la guérilla (85). Les preuves – déjà réfutées– de ce tissu de mensonges une fois encore venaient des « ordinateurs magiques » saisis par les forces militaires colombiennes lors de leur attaque militaire illégale du 1er mars 2009.
Chavez a réagi par la rupture des relations avec la Colombie, entraînant une nouvelle dégradation entre les deux nations, mais il a néanmoins envoyé son ministre des Affaires Etrangères pour assister à l’investiture de Santos. La réponse d’Uribe fut d’annoncer, la veille de cette investiture, que son gouvernement déposait une plainte formelle contre le Venezuela auprès du Comité Américain des Droits de l’Homme, et une autre contre le président Chavez lui-même auprès de la Cour Pénale Internationale. Par ailleurs, Uribe s’est déclaré prêt à témoigner devant la CPI contre Hugo Chavez.
Cependant, après d’intenses activités diplomatiques à l’initiative de UNASUR, Nicolas Maduro, ministre vénézuélien des Affaires Etrangères, Nestor Kirchner, président de UNASUR et Lula, président du Brésil (ce dernier ayant rencontré publiquement à la fois Hugo Chavez et Juan Manuel Santos au cours de diverses réunions séparées), ont réussi, en quelques jours, à transformer ce qui apparaissait comme une escalade inexorable vers une catastrophe, en un des retournements politiques in extremis des plus extraordinaires de l’histoire latino américaine récente.Pendant son investiture, Juan Manuel Santos a stupéfié le monde en annonçant que son gouvernement aurait comme priorité de chercher à réparer et normaliser les relations de la Colombie avec le Venezuela et l’Equateur.

jeudi 19 août 2010

IV Foro Social Américas : Declaración de la Asamblea Movimientos Sociales


Nuestra América está encamino!
¡Ñane Amérika TeeOñemongu' Ehína!


Los movimientos sociales presentes en el IV Foro Social Américas, en Asunción del Paraguay, reafirmamos nuestra solidaridad y compromiso con el pueblo paraguayo, ante la urgente necesidad de avanzar en su proceso de cambios profundos, hacia la recuperación de la soberanía sobre su territorio, bienes comunes, recursos energéticos, en la concreción de la reforma agraria y de la democratización de la riqueza.

Estamos en un continente donde, en las últimas décadas, se ha dado el reencuentro entre los movimientos sociales y los movimientos indígenas, que desde sus conocimientos ancestrales y memoria histórica cuestionan radicalmente el sistema capitalista. En los últimos años, luchas sociales renovadas condujeron a la salida de gobiernos neoliberales y al surgimiento de gobiernos que han llevado a cabo reformas positivas como la nacionalización de sectores vitales de la economía y redefiniciones constitucionales transformadoras.Pero la derecha en el continente se está rearticulando aceleradamente para frenar cualquier proceso de cambios. Sigue actuando desde sus enclaves político, económico, mediático, judicial, a lo que se suma una nueva ofensiva del imperialismo - incluso militar - en su apoyo. Desde el anterior Foro Social Américas, realizado en Guatemala en 2008, presenciamos el golpe de estado en Honduras, el incremento de la presencia militar estadounidense a lo largo y ancho de nuestra América. Proliferan acuerdos de instalación de bases militares, operan la IV Flota en nuestros mares. Esto constituye un esfuerzo sistemático de desestabilización de la democracia en el continente, cada vez más se reprime y criminaliza a los movimientos sociales.

mercredi 4 août 2010

L'Amérique latine : Pôle de résistance et laboratoire social

Richard Neuville *

Cet article d'introduction aux expériences autogestionnaires latino-américaines a été publié dans le livre " Autogestion, hier, aujourd'hui, demain", coordonné par le Collectif Lucien Collonges, paru aux éditions Syllepse en mai 2010.

L’Amérique Latine a longtemps été un terreau fertile pour les expériences révolutionnaires. Depuis une vingtaine d’années, elle est probablement devenue le principal foyer de résistance à la mondialisation capitaliste et à l’hégémonie de l’Empire. La richesse et la diversité de ces expériences permettent de qualifier le sous-continent de véritable laboratoire social.

En janvier 1994, l’insurrection zapatiste contre l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) montre la voie de la résistance contre les institutions internationales. Elle est suivie une décennie plus tard par la mobilisation continentale contre l’accord de libre échange des Amériques (ALCA) et sa mise en échec lors du sommet de Mar del Plata en novembre 2005.

La campagne « 500 ans de résistance » à l’occasion du cinquième centenaire de la colonisation espagnole en 1992 marque l’émergence des mouvements indigènes contre la domination impériale et oligarchique. Elle est probablement un des événements les plus décisifs dans l’Amérique latine contemporaine. Dès lors, en Equateur puis en Bolivie et plus largement au niveau régional, les mouvements indigènes s’affirment de plus en plus comme de véritables acteurs sociaux et politiques.


mercredi 28 juillet 2010

Tremblement de terre politique et retour des Chicago boys au Chili

Revue Recherches Internationales / Revue Inprecor
par Franck Gaudichaud
--------------
Une défaite qui vient de loin
Jeudi 11 mars, le milliardaire Sebastian Piñera a succédé officiellement à la présidente socialiste Michelle Bachelet. Elu chef de l'Etat, en janvier, le leader de Rénovation nationale (RN) conquiert la première magistrature au nom de la coalition « Alliance pour le Changement » (qui regroupe néolibéraux et ultraconservateurs). Ainsi que nous le rappelions au moment de l’élection, c’est un tournant historique et politique : le dernier président de droite élu était Jorge Alessandri, en… 1958. Se référant à la transition démocratique qui mit fin à la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1989), certains analystes n’hésitent pas à parler d’une « deuxième transition ». Après dix-sept ans d’un terrorisme d’Etat contre-révolutionnaire qui mit fin à l’expérience de l’Unité populaire de Salvador Allende, et à deux décennies d’une démocratie sous tutelle issue d’une « transition pactée », conduite par la Concertation des partis pour la démocratie — coalition entre le Parti socialiste (PS) et de le Parti démocrate chrétien (DC) —, le peuple chilien connaîtrait désormais les joies de l’alternance…[i]. Face au terne ex-président Eduardo Frei (DC), le médiatique Piñera -« Berlusconi chilien » avec bronzage permanent et dents éclatantes- a promis monts et merveilles à grands coups d’ingénierie marketing et télévisuelle : croissance soutenue de 6% destinée à faire oublier la crise capitaliste mondialisée, création d’un million d’emplois, combat de la pauvreté et surtout, accompagné d’un discours sécuritaire bien aiguisé, fin de la délinquance (du moins celles des classes populaires car les cols blancs ne seront sûrement pas inquiétés…).

dimanche 25 juillet 2010

Le Kérala : vers une démocratie pleine et entière...


Benoît Borrits *
23 juin 2010

On parle peu du Kérala, un État du sud de l'Union indienne. Pourtant, alors que depuis des années, nos gouvernements d'inspiration néolibérale produisent des contre-réformes qui s'inscrivent dans la permanence en dépit d'alternances politiques, nous avons ici le contre-exemple d'une coalition de partis de gauche, le Left Democratic Front, qui revient régulièrement au pouvoir et réalise des réformes progressistes qui durent et transforment la vie des habitants de cet État. Aujourd'hui, le Kérala fait bande à part dans l'Union Indienne, affichant un taux d'analphabétisme quasiment nul, une espérance de vie proche de celle de nos régions, un sex-ratio équilibré, une transition démographique achevée tout en ayant amorcé dans les dernières années un développement endogène à base de démocratie active et participative. Comme il existe relativement peu de littérature sur cet État et sa démocratie participative, l'objectif de ce papier est de résumer en quelques pages des données de diverses sources, principalement de langue anglaise, et de poser quelques questions qui pourraient intéresser toute personne pour qui le capitalisme est loin d'être la fin de l'Histoire. Il ne s'agit donc nullement d'un travail finalisé mais d'un appel à la découverte de cette expérience méconnue et pourtant passionnante.