La deuxième édition du festival des Résistantes1 s'est déroulée du 7 au 10 août à Saint-Hilaire de Briouze dans l'Orne en Normandie sur un espace de 25 hectares. La première s'était tenue dans la Larzac en août 2023. Les Résistantes tentent de regrouper toutes celles et ceux qui luttent en France contre des grands projets imposés et polluants. Pour cette édition, elles étaient organisées par l'association Terres de luttes2 et le collectif local 9243 -qui a mené une lutte victorieuse contre la construction d'un tronçon supplémentaire de voie express (2 × 2 voies) entre Flers et Argentan- et de nombreux personnes locales mobilisées pour accueillir cet événement dans le bocage ornais. 400 organisations étaient partie prenante de ces rencontres.
Selon les organisateurs, ce sont finalement 7500 personnes dont 2 500 bénévoles venant de toute la France et de l'étranger qui ont participé à ces rencontres. 6 000 étaient préalablement inscrites sur le site Hello Asso deux jours avant le début et avaient contribué financièrement selon un barème « libre et conscient », ce qui a permis de réaliser l'équilibre financier et même de dégager un bonus qui servira à soutenir des luttes en cours et futures. Il faut souligner la participation globalement très jeune et, pas nécessairement militante, même si ce rassemblement restait inter-générationnel.
Comme en 2023 dans le Larzac, ou lors du Village de l’Eau en 2024, l'événement a été construit de la manière la plus horizontale et autogérée possible. Il s'agissait selon les organisateurs de réduire au maximum la frontière entre bénévoles et « consommateur-tices » du festival. Chacun-e des participant.e.s était donc sollicité-e pour donner un peu de leur temps pour faire tourner ce festival. L'infrastructure entièrement autogérée et bénévole a permis la réussite d’un événement de cette ampleur. L'auto-organisation, sans aucun prestataire et aucune subvention, est parvenue à préparer 32 000 repas en 3 jours et demi, à gérer la présence de plus de 7 000 personnes sur bien des aspects : hygiène, soin, parkings, nettoyage… L'installation du site a débuté deux semaines avant les rencontres et il aura fallu une semaine pour tout remettre en état et rendre les terres aux paysans propriétaires des lieux. Des centaines de personnes y ont contribué.
Les Résistantes, ce sont plus de 250 activités proposées : concerts, ateliers, assemblées, rencontres, formations, projections-débats, spectacles, espace enfants (la Bambinerie), balades naturalistes, radio participative, un village associatif, un camp international, … L’événement était dédié aux luttes locales écologistes, mais aussi luttes féministes, TPGBI (ou LGBTI), luttes contre les idées d’extrême droite, luttes paysannes, luttes internationalistes, luttes antiracistes et décoloniales, luttes anti-autoritaires et luttes sociales. Il s'agissait également d'échanger sur les stratégies et de réfléchir à comment outiller les luttes. Pendant quatre jours, des tables-rondes, formations et ateliers ont été organisés simultanément sur 14 espaces baptisés pour l'occasion de Angela Davis, Bell Hooks, Aimé Césaire à Louise Michel, Pinar Selek, Murray Bookchin, … Les chapiteaux étaient combles pour l'ensemble des activités. Pour nombre d'entre-elles, un souci réel didactique a pu être observé pour adapter les interventions aux différents auditoires. Il s'est agi bien souvent de formation à une grande échelle, dans un esprit d'éducation populaire. Il serait fastidieux de pointer tous les sujets traités mais certains ont eu un écho particulier comme les luttes paysannes après le vote de la loi Duplomb mais aussi l'exploitation des travailleur-se-s étranger-ère-s dans le monde paysan ; les luttes internationalistes dans le contexte génocidaire à Gaza ou en solidarité avec les Sahraouis qui luttent pour abolir la dernière colonie en Afrique ; les luttes sociales et leur articulation avec les luttes écologiques ou pour l'actualité, la préparation du 10 septembre ; les luttes féministes comme l'écoféminisme décolonial ou contre le virilisme et le validisme dans nos pratiques militantes ; les luttes anti-répression contre les dissolutions autoritaires d'Urgence Palestine, de la Jeune garde ou des Soulèvements de la Terre ; contre l'extractivisme et les projets inutiles comme le chantier de l'A69, les mines de lithium dans l'Allier, l’intersectionnalité des luttes comme la conjonction entre « quartiers populaires et campagnes, multiplier ensemble des territoires en résistance » ; les luttes écologistes pour une justice climatique et une meilleure gestions de l'eau ou des déchets ou contre le nucléaire, les JO de 2030, l'industrialisation des forêts ; …
Au village associatif, nous retrouvions beaucoup d'organisations connues et impliquées dans ce genre d'événements et présentes dans les luttes telles qu'Attac, les Ami.es de la Terre, la Confédération paysanne, las Ami.es de la Conf, Extinction Rébellion, les Soulèvements de la Terre, la Cimade, la Ligue des droits de l'homme, Arrêt du nucléaire, l'Union syndicale Solidaires, Urgence Palestine, Stop Bure, les Soulèvements de la Terre, Terres de luttes, de nombreux collectifs de lutte contre les grands projets inutiles et des associations écologiques radicales... Encore une fois, il est impossible de dresser une liste exhaustive. A part deux exceptions, aucun mouvement politique n'était présent sur ce village. Au niveau syndical seule une organisation était présente et invitée et l'ensemble du mouvement féministe n'était pas représenté, cela renvoie aux divergences profondes intergénérationnelles.
Lors de la clôture de l'événement, des membres du Coaadep, le Collectif des ouvrier·es agricoles des bananeraies antillaises et des ayants-droit empoisonné·es par le chlordécone (pesticide) sont intervenu-e-s pour dénoncer des actes de racisme et de discriminations à l'encontre des personnes racisées. Cet incident a fait l'objet de quelques articles de presse et a quelque peu terni l'image des rencontres. Si des propos et des attitudes racistes semblent avérés, il importe de les dénoncer avec la plus grande vigueur et de lutter avec force contre l’oppression systémique qu’est le racisme qui traverse la société entière et s'exprime de manière déplorable y compris dans les espaces de lutte. Ce problème ne saurait pour autant masquer la tolérance qui s'est exprimée globalement tout au long de ces rencontres, et il importe de souligner la qualité d'écoute et de respect dans les débats, sans compter la place importante qui a été réservée aux luttes antiracistes et décoloniales et les diverses formes de discriminations.
Ce rassemblement des Résistantes n'a certainement pas eu l'écho médiatique le plus important des rendez-vous militants de l'été. Il est cependant celui qui a réuni le plus de monde et le seul à avoir été construit par l'auto-organisation, selon des principes autogestionnaires et en totale autonomie vis-à-vis de toutes formes d'institutions et d' organisations classiques. La rentrée arrive et les organisateurs n'ont pas manquer d'appeler à poursuivre la mobilisation dans : les « blocages le 10 septembre, les nombreuses résistances de luttes locales à travers la France, les mobilisations syndicales à l’automne et contre le colonialisme en Palestine, en Kanaky et plus largement dans le monde… ».
Richard Neuville, membre de l'Association Autogestion
1 Consulter le site des Résistantes : le programme, l'organisation, etc sur https://lesresistantes.fr/
2L'association Terre de luttes soutient les collectifs en lutte contre les grands projets imposés et polluants en France. Une carte recense les différents collectifs sur le territoire. L'Association est la principale organisatrice des rencontres Les Résistantes. Pour en savoir plus : https://terresdeluttes.fr/
3Le collectif 924 s'oppose à la destruction du Bocage ornais par le Conseil départemental de l'Orne. Pour en savoir plus : https://collectif924.org/ et plus globalement le site « La déroute des routes » : https://www.laderoutedesroutes.com/
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