M. Colloghan

lundi 30 avril 2012

Situation actuelle et les derniers développements de la lutte à Cajamarca



Par Vicente Romero
La situation du Pérou en ce moment doit être mise en parallèle avec celle de 2008-2009, lors du conflit de Bagua, celui d’une grande tension sociale. Il convient de rappeler que le 5 juin 2009, plus de 30 personnes résultèrent tués par la décision du gouvernement García qui choisi de donner une solution militaire au conflit qui avait surgi par l’opposition des peuples de l’Amazonie à un ensemble de lois qui allaient à l’encontre des droits des peuples indigènes. Alors le gouvernement García, face à l’indignation nationale et internationale dût reculer du moins partiellement. A Paris et dans plusieurs villes d’Europe avaient eu plusieurs initiatives de solidarité.

Ollanta Humala, avant d’être président du pays, s’était engagé devant le peuple de Cajamarca de l’accompagner dans sa lutte contre les entreprises minières pour défendre l’eau. Dès novembre 2011, quelques mois après son élection comme président, au lieu de remettre en question les décisions prises en fin de mandat du président sortant par une série d’irrégularités, Humala change d’avis et affirme ‘nous pouvons avoir l’or et l’eau’. Ceci est la réponse à la demande du gouvernement régional et des organisations sociales de Cajamarca de déclarer non-viable le projet d’exploitation minière Conga, expansion des opérations du consortium Yanacocha de ses exploitations dans la province de Cajamarca vers les parties hautes, sources d’eau des provinces de Celendín, Cajamarca et Bambamarca, (20 mille hectares affectés à une vingtaine kilomètres du fleuve Marañón, l’un des principaux affluents de l’Amazone). La position du gouvernement régional de Cajamarca exposés par les autorités de Cajamarca, s’est cristallisé dans l’Ordonnance Nro 36- 2011. S’appuyant sur des lois régissant les facultés des gouvernements régionaux, la décentralisation et les politiques de protection de l’environnement, cette ordonnance établi la protection des ‘cabeceras de cuenca’ (les sources d’eau à plus de 3500 mètres d’altitude) et de ce fait déclare inviable la mise en exploitation de la concession minière de Conga. Il faut rappeler que des 3,800 millions d’euros a y être investis, seulement restera dans la région moins de 700 millions (y compris les salaires de 7000 ouvriers) puisque la plupart ira en œuvres d’infrastructure et pour l’achat d’un concasseur (machine pour extraire le minerai des roches).

Le changement de position du président Humala correspond bien à la pression exercé par les besoins du système économique et financier pour faire face à la crise présente. L’or sert comme refuge vis-à-vis de l’instabilité monétaire (du dollar, et de l’euro). Et comme les hydrocarbures, les métaux sont indispensables pour l’accroissement de la production industrielle des nouvelles puissances économiques comme la Chine et l’Inde.

Mais ce changement de position ne correspond point avec les intérêts ni du Pérou ni de la région de Cajamarca De ce fait, et dans une dynamique économique néolibérale, la région de Cajamarca depuis le milieu des années 1990 était devenu la principale région productrice d’or du Pérou.

L’exploitation minière à ciel ouvert, technique contemporaine employé de plus en plus au Pérou, comporte l’utilisation d’énormes quantités d’eau pour pouvoir extraire avec de réactifs le peu de métaux précieux qui peuvent exister dans des tonnes et des tonnes de terre, auparavant agricole : la mine consomme 4 fois plus d’eau que la ville de Cajamarca et ses deux cent quatre vingt mille habitants !

Il ne faut pas considérer que parce que les pays de l’Amérique latine peuvent faire faire n’importe quoi avec cette eau et cette biodiversité du fait qu’ils sont dépositaires du 50% des sources d’eau douce et de 50% de la biodiversité de la planète. Dans le cas du Pérou, l’eau douce n’est pas distribué uniformément : 60% de la population vit dans sur la région côtière qui dispose seulement de 2% de cette eau. Mais nous ne pouvons pas faire couler une partie des 92% que vont vers l’Amazonie ou celui restant qui va vers le Lac Titicaca sans risquer de mettre en déséquilibre les écosystèmes amazoniens et du Haut plateau andin. Ceci d’autant plus que le réchauffement climatique et l’action irrationnelle des hommes fait déjà sentir ses effets sur les glaciaires tropicaux andins et sur les sources d’eau des parties hautes des Andes. Et si l’on sait que l’Amazonie est le fait des eaux des Andes, nous pouvons imaginer les conséquences.

L’économie de l’or, si bien s’inscrit dans la continuation de l’histoire du Pérou des cinq derniers siècles, elle ne correspond ni avec l’histoire de longue durée de l’économie du pays (avant la domination étrangère les techniques d’extraction de métaux n’étaient pas nocives pour la Pachamama. L’histoire des exploitations minières au Pérou depuis cinq siècles est désastreuse pour la terre et pour les êtres humains. Nous en donnerons quelques exemples. Mais pour comprendre la gravité du problème, il faut savoir tout d’abord que ‘cocha’ est un mot quechua qui signifie lac, lacune, étendue d’eau. Yanacocha (Lacune Noire): aujourd’hui c’est le nom qui s’est donnée le consortium minier principal producteur d’or de toute l’Amérique mais, pour ce faire cette entreprise à fini avec la lacune qui portait d’abord ce nom, laissant à sa place un paysage lunaire, sans eau ni vie. En décembre de 1928, Morococha (Lacune de plusieurs couleurs), dans le département de Junín, disparait : l’entreprise étatsunienne Cerro de Pasco Cooper Corporation avait fait creuser deux galeries souterraines au fond de la lacune provocant de ce fait l’aspiration de l’eau de la lacune et la mort de plusieurs travailleurs miniers. Finalement, Il suffit de visionner par Internet des images de la ville de Cerro de Pasco avec au milieu le trou béant de l’exploitation minière qui contamine le sang des habitants avec du plomb et qui l’avale et fait disparaître petit à petit.

Revenons donc sur le changement de position du gouvernement Humala

Il y a deux mois, et sans concertation avec le gouvernement régional ni avec le mouvement sociale de Cajamarca, le gouvernement à décidé de commander une expertise à trois étrangers pour qu’ils se prononcent sur la qualité de l’étude d’impact environnementale –EIA par ses sigles en espagnol- du projet Conga (étude qui avait été approuvé par les fonctionnaires du ministère de l’énergie et des mines en octobre 2010). Parallèlement il a entrepris une politique de remise en question de l’autorité du gouvernement régional de Cajamarca (intervention des comptes, création d’une coordination ministérielle à Lima pour mettre en place certains projets dans la région, appel au Tribunal constitutionnel de se prononcer sur l’inconstitutionnalité de l’ordonnance régional Nro. 36-2011) et de persécution judiciaire de plus de quarante dirigeants qui s’opposent à l’exécution du projet Conga. Parmi ces derniers : Gregorio Santos, le président de la région Cajamarca ; Carmela Sifuentes, présidente de la Confédération Générale des Travailleur du Pérou –CGTP ; Idelso Hernández dirigeant paysan et président du Front de défense des intérêts du peuple de Cajamarca ; Wilfredo Saavedra, président du Front de défense de l’environnement de Cajamarca.

Avant la remise du rapport des experts étrangers, le gouvernement a envoyé plus d’un millier de policiers et de soldats à Cajamarca, Celendín et Bambamarca.

Cette dernière semaine, tandis que le gouvernement de Cajamarca, par l’intermédiaire du président de l’assemblée des gouvernements régionaux faisait un premier pas pour rétablir le dialogue avec le gouvernement central, et après l’avoir reporté pour trois fois consécutives, les experts ont remis leur rapport (consultable sur Internet) le même jour que le Tribunal constitutionnel a déclaré inconstitutionnel l’ordonnance régional Nro 36-2011 !! (Il convient de rappeler que au cours de ces cinq derniers années, les gouvernements péruviens ont agi de la même sorte pour déclarer inconstitutionnel les ordonnances des gouvernements régionaux de Puno et Cusco qui déclaraient la feuille de coca patrimoine culturel et de la biodiversité ainsi que source pour le développement économique de leurs régions). Il s’agissait non seulement d’une opération de communication montée mais d’une expression de plus de la maladie du centralisme qui caractérise l’État péruvien depuis le début de la vie républicaine.

Face à ces décisions, le peuple de Cajamarca et son gouvernement régional se tiennent ferme sur le principe. Ils demandent un délai de temps pour que le rapport des experts étrangers soit étudié en prenant compte aussi d’autres études qui remettent en cause l’EIA et prépare l’organisation d’une consultation citoyenne pour le 5 juin prochain (date de la massacre de Bagua, de 2009). Le gouvernement régionale présidé par Gregorio Santos prépare pour faire appel devant la Court Inter-américaine des Droits de l’Homme pour défendre son ordonnance Nro 036-2011.

Ce qui est en question aujourd’hui au Pérou c’est s’il est possible de mettre en place un autre type de modèle économique dans une région ; s’il est possible d’en finir avec le centralisme de l’État ; s’il est possible de mettre en place un projet de société fondée sur d'autre chose que l'exploitation et exportation de matières premières sans valeur ajoutée.

Le besoin le plus saillant aujourd’hui est la solidarité internationale. Une solidarité qui mette à la fois en réseau la lutte de Cajamarca avec les luttes d’autres peuples dans différents pays pour la défense de la vie et de la Pachamama et contre l’économie néolibérale.

Vicente Romero

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