M. Colloghan

mardi 20 mars 2012

Chili : explosion sociale à Aysen !

Deux mois de mobilisations populaires qui ont fait de la décentralisation et de l’égalité sociale les questions clefs d’un autre mode de développement à inventer.

Débutée en février, au cœur de l’été austral, l’explosion de colère de la jeunesse (les indignados d’Aysen titrait alors la presse chilienne) puis de l’ensemble de population d’Aysen, petite ville de 30 000 habitants et capitale de la 11ème région du Chili, n’a eu de cesse de s’amplifier … et de surprendre par sa radicalité et la dynamique de son auto-organisation. Au cœur de cette explosion de colère, les conditions de vie impossibles de la majorité des habitants de la Patagonie du fait des prix alimentaires et du carburant supérieurs de plus de 50% de ceux de Santiago, la capitale et de l’insuffisance des infrastructures hospitalières et universitaires (deux hôpitaux seulement pour 105000 habitants répartis sur… 108000 km² !)


A l’initiative du Mouvement Social d’Aysen (Agrupación Nacional de Empleados Fiscales, región de Aysén, Central Unitaria de Trabajadores, Coyhaique, Pescadores artesanales de Aysén, Agrupación de los Derechos Ciudadanos de Aysén, Movimiento Ciudadano Patagonia Unida, Movimiento Ciudadano Patagonia sin Represas, Agrupación Jóvenes Tehuelches, Corporación Privada para el Desarrollo de Aysén, Comisión Agua y Vida, Vicariato Apostólico de Aysén, Corporación Costa Carrera, Junta de Vecinos Michelatto de Puerto Aysén, Federación de Pescadores de Melinka, Sindicato de Pescadores Artesanales Nuevo Horizonte de Puyuhuapi, Agrupación de Mujeres Emprendedoras por un Futuro), les manifestations citoyennes se sont faites chaque jour plus massives et, de plus en plus déterminées et offensives.

Après avoir dénoncé les “manipulateurs” et avoir violemment réprimé les manifestants, le gouvernement ultra libéral de Pinera a tenté, en vain, de diviser ce front social en maniant tour à tour une simili carotte et de vrais coups de bâtons, incapable qu’il est de compredre que les Aysenos ont en marre d’être des citoyens de seconde zône payant au prix fort leur isolement géographique.

Après près de deux mois de mobilisations, de nouvelles négociations sont en cours. S’il est difficile d’en prévoir l’issue, une chose est certaine : ces deux mois de mobilisations populaires ont profondément modifié la carte politique du Chili, accroissant le discrédit du gouvernement Pinera à moins de six mois des élections municipales, et faisant de la décentralisation et de l’égalité sociale les questions clés d’un autre mode de développement à inventer.

Solidarité avec le Mouvement social d’Aysen !
Vendredi 16 mars :
Aysen, Chili : le gouvernement envoie ses forces spéciales pour casser la mobilisation populaire.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les forces spéciales présentes à Aysen ont violemment agressé les milliers de manifestant-e-s une nouvelle fois regroupés dans la ville, entrainant des blessures graves pour plusieurs des manifestant-e-s. Plus de 50 jours après le début des mobilisations contre la vie chère, le gouvernement Pinera refuse toujours de prendre en compte la mesure de la colère populaire et de l’ampleur croissante des mobilisations sociales. Et choisit la violence policière à un niveau encore jamais atteint.

Sourd à la colère populaire et à la mobilisation croissante de la population de Pantagonie, le gouvernement décrète aujourd’hui la loi « de sécurité de l’Etat » pour renforcer la répression et décide de suspendre les négociations.

La révolte d’Aysen nourrit aujourd’hui une véritable crise politique dans tout le Chili. La solidarité internationale est absolument nécessaire pour peser sur le gouvernement Pinera et le contraindre à répondre positivement aux exigences du mouvement social.

Dimanche 18 mars :
Le ministre de l’intérieur chilien, Hinzpeter, vient de décider de poursuivre 22 dirigeants du mouvement social d’Aysen en application de la loi de sécurité intérieure. Ces 22 dirigeants sont : Jorge Corvalán, Clavero Carolina Paillaleve Álvare,z, Sandra Barría Vargas, David Barrientos Quiñones, Hugo Jaramillo Caro, Erika Hernández Vásquez, Fernando Quintanilla Vera, Erico Gatica Zenteno, Ramón Navarro Arancibia, Jorge Navarro Arancibia, Guillermina Cayún Poblete, Juan Carlos Almonacid Chiguay, Lucía Pérez Venega, Elisa Cayul Llaiquel, Jacqueline Carrasco Arias, Erwin Sandoval Carrasco, Gabriela Barrientos Araneda, Félix Rivera Oyarzo, Ingrid Becker Cordano et Pedro Vargas Díaz.

Le Ministre de l’intérieur Rodrigo Hinzpeter s’était déja illustré au début 2012, lors des mobilisations étudiantes, en tentant de faire voter une loi punissant de peines de prison le fait d’interrompre un service public, d’occuper un local privé ou de couper la circulation.

Aujourd’hui, au lendemain des violences policières qui ont indigné une grande partie de la population, il poursuit dans cette même volonté de criminaliser le mouvement social pour casser sa mobilisation.

Mardi 20 mars :
A l’appel de la Confédération nationale des étudiants du Chili, (Confech) une journée nationale de mobilisation en soutien à Aysen se tient aujourd’hui même mardi 20 mars dans tout le Chili avec notamment des manifestations dans les principales villes : Santiago, Valparaíso, Concepción, Temuco y Puerto Montt.

La décision du gouvernement de Pinera de poursuivre 22 des dirigeants du mouvement social d’Aysen en vertu de la loi dite de sécurité intérieure – loi qui date de la dictature de Pinochet – contre les animateurs du mouvement social d’Aysen et de suspendre les négociations s’accompagne d’un renforcement sans précédent de la présence policière à Aysen (plus 50% selon le quotidien d’Aysen), détériorant encore plus climat social après plus d’un mois de mobilisation.

La solidarité avec la population d’Aysen est plus que jamais un atout majeur pour desserer cet étau répressif et imposer la satisfaction des exigences populaires.

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