M. Colloghan

jeudi 19 mars 2009

Venezuela : Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA)

Richard Neuville *


Au cours du FSM à Caracas, de nombreux débats ont porté sur l’alternative à l’accord de libre-échange des Amériques (ALCA) que les Etats-Unis tentent d’imposer comme nouveau mode de domination à l’ensemble du continent. Le Congreso bolivariano de los pueblos - qui fédère plus une centaines d’organisations paysannes, indigènes, syndicales et politiques en Amérique latine - avait invité Gustavo Márquez, Ministre du commerce extérieur du gouvernement bolivarien et chargé de l’ « integración » pour présenter l’alternative bolivarienne pour les Amériques et les Caraïbes (ALBA) qui se veut un projet alternatif à l’ALCA.

Gustavo Márquez a rappelé le projet de Simón Bolívar qui rêvait de créer l’unité de l’Amérique latine et la volonté du président Hugo Chávez de développer cette grande idée qui a émergée il y a un peu plus d’un an et qui commence à prendre forme. L’ALBA se veut un projet qui va au-delà des échanges commerciaux et financiers et qui est conçu pour développer des politiques sociales, de coopération et de solidarité entre les peuples. Cette alternative n’est, pour l’instant, portée officiellement que par les gouvernements cubain et vénézuélien mais certains projets trouvent d’autres partenaires. Pour Gustavo Márquez, ce projet doit commencer à s’appliquer au sein du Mercosur que le Venezuela vient d’intégrer officiellement en décembre dernier. En effet, pour le gouvernement bolivarien, il s’agit d’intégrer le Mercosur mais pour promouvoir un autre projet en rupture avec les échanges strictement mercantiles.
Le ministre a rappelé que l’intégration énergétique est déjà une réalité et il a décliné tous les projets (dont certains sont déjà avancés) :
- La construction d’un gazoduc qui reliera le Venezuela à l’Argentine est en construction. Il traversera notamment la Bolivie, ce qui permettra à ce pays enclavé de trouver des débouchés ;
- La création de PETROSUR qui regroupera différentes entreprises pétrolières publiques : outre PDVSA (Venezuela), PETROBAS (Brésil), la nouvelle entreprise publique argentine, etc. afin de mener une politique énergétique publique et concertée ;
- Le développement de TVsur qui émet en Amérique latine depuis l’été dernier. Si le Brésil s’est désengagé, l’Argentine et l’Uruguay ont accepté de la cofinancer ;
- La création de la « Banque du sud » est envisagée pour que les ressources financières soient déposées dans la région et, non pas sur les places financières du Nord, et que les bénéfices engendrés permettent de financer des projets sociaux, éducatifs et économiques répondant aux besoins des peuples ;
- La création de « l’Université du sud » est un autre projet pour développer l’éducation, la santé, la recherche et le développement technologique. Il s’agit de construire des sociétés de bien-être ;
- Un « plan de sécurité commune » et une seule armée afin de rompre la relation avec les Etats-Unis ;
- L’intégration des mouvements sociaux qui sera l’une des tâches du « Congrès bolivarien des peuples ».
La mise en échec de l’ALCA lors du sommet de Mar del Plata incite à rechercher des alternatives. Si le Venezuela reste encore isolé avec son dessein de l’ALBA, les projets commencent à prendre forme et il trouve de plus en plus de partenaires pour s’y engager. La victoire d’Evo Morales en Bolivie devrait permettre de trouver un allié important même si le poids de la Bolivie est bien faible face à la domination de l’Argentine et surtout du Brésil qui s’impose de plus en plus comme la puissance économique dominante en Amérique du sud. Si le président Lula s’est engagé derrière le président Chávez pour mettre en échec l’ALCA, il ne semble pas encore convaincu par l’ALBA, en témoigne le retrait du Brésil sur certains projets comme celui de la télévision. En effet, le gouvernement brésilien développe en parallèle d’autres projets comme par exemple une nouvelle télévision continentale. Sans aucun doute, le résultat de l’élection présidentielle au Brésil jouera un rôle important dans l’avenir de l’ALBA. Néanmoins, Hugo Chávez avance dans son projet d’integración et il dispose pour cela de moyens considérables compte tenu des cours des hydrocarbures. La situation géographique du Venezuela lui permet également d’avoir une influence croissante dans les Caraïbes, où il développe de nombreux projets de coopération avec 14 pays. Dans ces conditions, l’ALBA, présenté comme un mirage par certains détracteurs comme de nombreux journalistes occidentaux, commencent à prendre forme et devenir une réalité.


Article rédigé pour Rouge et Vert le11/02/2006

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