M. Colloghan

jeudi 19 mars 2009

Colombie : On assassine un peuple dans la plus grande indifférence

Mathieu Colloghan et Richard Neuville *

En France, la Colombie est surtout connue comme étant la plaque tournante du narcotrafic et le pays où sévissent des guérillas qui enlèvent et détiennent des centaines de personnes. Les médias parlent beaucoup moins du terrorisme d’état, de l’action des militaires et des paramilitaires qui imposent la terreur et des intérêts états-uniens. Or, la situation est dramatique et les droits de l’homme sont complètement bafoués. En Colombie, c’est le peuple qu’on assassine dans la plus grande indifférence et ce n’est pas le fait des guérillas. Les entreprises françaises, très présentes en Colombie, ne se soucient guère de cette situation, elles font des affaires tout comme leurs homologues américaines.

La Colombie représente pour les Etats-Unis une enclave fondamentale pour la circulation et la distribution de ses marchandises et pour sa stratégie de guerre sur le continent. Pour parvenir à leurs intérêts, les Etats-Unis utilisent non seulement leur puissance militaire mais également le terrorisme comme une arme de guerre, une arme féroce parce que la terreur est plus efficace pour briser les liens de solidarité et de résistance des victimes et imposer les formes les plus brutales de subordination.

En Colombie, le terrorisme d’état a une longue histoire. Il est soutenu par les Etats-Unis. Cela se traduit par des actes de terreur impunis pour imposer une autre terreur. Pour imposer l’ALCA (Aire de libre-échange des Amériques) au continent, les Etats-Unis utilisent le Plan Puebla Panama. La Colombie possède une grande richesse dans son sous-sol d’où la présence de grandes entreprises. L’armée colombienne élimine toute résistance sociale là où se développent les projets des grandes entreprises. L’Amérique du sud détient 47 % des ressources d’eau de la planète. La Colombie, à elle seule, en détient 20 %.
Le Plan Colombia, reconverti en Plan Patriota est un plan de terrorisme d’état conçu pour exproprier les communautés paysannes et indigènes de la Colombie et pour s’accaparer les richesses sous prétexte de lutte contre la production de la coca. Le Plan Colombia a été adopté aux Etats-Unis en 2000 pour anéantir la guérilla qui empêche les projets économiques sur le territoire de l’Amazonie. Le Plan Patriota est un plan pour criminaliser la résistance contre l’exclusion sociale et détruire l’état social. Il a vocation à s’étendre sur l’ensemble des pays andins en commençant par la Colombie. 12 500 militaires américains sont déployés sur le territoire sous la direction du commandement des forces armées du sud.
Avec Alvaro Uribe, Président de la république, les violations des droits de l’homme : homicides, disparitions, tortures, assassinats ont augmenté à grande échelle. Beaucoup de supposés guérilleros abattus sont en fait des paysans qui occupent les régions affectées. 74 familles de paysans sont déplacées de force chaque jour et s’en vont rejoindre les bidonvilles de Bogotá, de Cali et Medellín. On estime à 15 000 déplacements réalisés ces dernières années. Dans différentes régions, les militaires et les paramilitaires sont en fait les mêmes personnes. Il y a également des actions conjointes entre les militaires, les paramilitaires et le personnel militaire US.
Cette stratégie de guerre se développe dans le cadre de la « stratégie de sécurité nationale » et vise à réprimer tout groupe en action susceptible d’être apparentés au terrorisme. Elle affecte particulièrement la population civile, viole la souveraineté nationale et conduit à la militarisation de l’Etat avec comme objectif de réprimer les pauvres et de convertir en délit toute résistance et en délinquants tous ceux qui s’opposent aux politiques néolibérales. La Colombie détient le triste record mondial du nombre de syndicalistes assassinés, persécutés ou détenus.
Après plus de 40 années de guerre, tous les efforts pour la paix ont échoué par l’absence de réformes structurelles et à cause de la priorité accordée au militarisme et au projet états-unien sur le pays. Le gouvernement d’Uribe, autoritaire et d’inspiration fasciste, a essayé de remettre en cause las acquis démocratiques de la constitution de 1991 et de conduire le pays à une plus grande militarisation. Mais le peuple colombien a refusé la contre-réforme constitutionnelle, l’attribution d’un pouvoir supra constitutionnel et la privatisation des petites entreprises nationales qui restent. Depuis 1848, 30 000 personnes ont été assassinées. Il y a 120 000 réfugiés politiques à travers le monde et des millions de colombiens en exil. Ils sont 4 millions au Venezuela.
Dans ce contexte, l’émergence du « pôle démocratique et alternatif » (1) peut s’avérer comme une alternative face au contrôle hégémonique traditionnel. Uribe est en train d’asphyxier les droits civils et politiques de la société en général et de légaliser l’impunité des paramilitaires en consolidant en termes politiques et juridiques l’immunité du vol et de l’assassinat. De plus, il accepte tous les compromis pour signer un traité le libre commerce avec les Etats-Unis, l’ALCA et les dettes au FMI et la Banque mondiale.
Les organisations sociales et les différentes expressions de résistance en Colombie ne sont plus disposées à permettre que la situation continue et elles poursuivent la lutte afin de délégitimer l’actuel régime économique et dénoncer la complicité de terrorisme d’état avec les intérêts nord-américains et européens. La lutte se poursuit pour que la politique se réalise dans le respect des conditions constitutionnelles dans un cadre social et écologique de l’économie.
Les différents secteurs qui participent aux différentes formes de résistance - entre celles qui jouent un rôle très important : les secteurs paysans, indigènes, afro colombiens, ouvriers, étudiants, environnementalistes et les femmes - continuent à se bagarrer malgré le contexte de forte criminalisation du mouvement social, dans lequel toute forme de résistance est considérée comme un ennemi à abattre.
Il est peu probable que le « Pôle démocratique et alternatif » remporte les élections en mars et surtout la présidentielle en mai 2006 mais les forces qui composent cette coalition souhaitent dénoncer les conditions de la victoire d’Uribe qui recourra à la fraude et lancer une campagne internationale. Il est urgent de relayer en Europe l’appel des forces progressistes contre cette forme de terrorisme d’état qui emprisonne et assassine les opposants. Pour l’opposition colombienne au Venezuela, si Alvaro Uribe l’emporte, la gauche risque d’être totalement anéantie et ne sera probablement pas en mesure d’être présente aux élections de 2010. Nos différents interlocuteurs nous ont demandés solennellement d’engager une campagne d’information en France et en Europe pour alerter sur la situation en Colombie.

Membres de la commission internationale des Alternatifs
Article rédigé pour Rouge et Vert le 11/02/2006

Sources :
- Hernandez R., Luis H, Colombia : petróleo y política – posibles alianzas estratégicas, Ediciones desde abajo y Le monde diplomatique, Colección Presente y futuro, Bogota, septiembre 2005.
- Solano, Lilia, Terrorismo de estado y Tratado de libre Commercio : estrategia imperialista en Colombia, OSAL, N° 18, septiembre-diciembre 2005, Buenos-Aires, p.289.
Réunion avec des membres de l’opposition colombienne au Venezuela au cours de notre séjour à Caracas et des colombiens rencontrés pendant le forum.

1. Le Pôle démocratique et alternatif rassemble 2 blocs : le « pôle démocratique indépendant » avec Vía alterna et des secteurs du parti libéral ; Alternativa democrática qui regroupe divers partis politiques de gauche et des élus comme Frente socialista, Unidad obrera,le parti communiste, Movimiento obrero independiente, Unidad democrática et des mouvements citoyens. Le candidat pressenti pour l’élection présidentielle est Carlos Gaviria.

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