mardi 23 juin 2026

Insurrection populaire en Bolivie

Photo site Révolution Permanente

Richard Neuville *

Après 50 jours de mobilisations populaires à travers le pays contre les mesures radicales adoptées par le gouvernement de Rodrigo Paz, un accord de fin de conflit est intervenu le 19 juin avec les dirigeants de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) prévoyant des négociations sectorielles. Le lendemain, le pouvoir a décrété l'état d'urgence pour 90 jours permettant ainsi l'engagement de l'armée pour liquider les blocages routiers. Avec l'état d'urgence et l'accord avec la COB, il semblerait que le mouvement soit en cours d'achèvement même si des résistances demeurent ici et là et l'avenir est incertain.

 
 
À l'image des voisins andins, R. Paz renonça à tous ses engagements électoraux au lendemain de sa victoire en octobre 2025 contre la droite traditionnelle et libérale et son candidat Jorge Quiroga. Dès sa prise de fonction en novembre, il adopta un paquet de mesures libérales (privatisations, hausse du carburant, dévaluation, etc.) qui provoquèrent un premier mouvement social en décembre-janvier demandant notamment sa démission. Finalement, il conclut un accord avec la COB et renonça partiellement et provisoirement à son nouveau projet. Mais ce ne fut que partie remise avec la baisse des subventions du carburant et des services publics de l'éducation et de la santé, des aides au patronat et surtout la remise en cause du modèle agraire bolivien (conquête de la Révolution de 1952).

Un nouveau mouvement d'ampleur surgit à partir du 1er Mai qui compta à son apogée une centaine de blocages de routes. Il s'est agi d'une véritable insurrection populaire. Entamée par les secteurs professionnels traditionnels (éducation, santé, transport, mines, etc.) affiliés à la COB, il fut rejoint par les syndicats paysans et les mouvements de peuples originaires. Le répertoire d'actions renvoie à l'histoire du mouvement ouvrier, paysan et indigène de ces 25 dernières années en Bolivie : grèves professionnelles, blocages des principales villes, caravanes de paysans, assemblées populaires territoriales, auto-organisation et forte défiance vis-à-vis des directions syndicales.

En réaction, le pouvoir réprima en ciblant certains secteurs pour mieux diviser mais la révolte se poursuivit avec une détermination exemplaire sans pour autant trouver une perspective alternative. La Bolivie avait déjà connu des mouvements similaires en 1971 (processus d'assemblée populaire), 2001 (Guerre de l'eau), 2003 (Guerre du gaz) facteurs d'accumulation de forces à défaut de dépasser les cadres organisationnels. Ce mouvement radical a été très important dans le contexte actuel de l'Amérique afro-indo-latine et pourrait servir de détonateur ailleurs.

Le tournant stratégique du démocrate-chrétien, Rodrigo Paz - qui bénéficia du vote populaire dans un contexte de division et de crise profonde du Mouvement vers le socialisme (MAS) - doit s'analyser dans un contexte de domination idéologique « trumpiste » avec Milei (Argentine) et Noboa (Équateur) tout près. Sans compter que la Bolivie appartient au « triangle du lithium » avec l'Argentine et le Chili, qui ne manque pas d'attiser les intérêts de l'impérialisme états-unien. Après 20 années de pouvoir du MAS, il s'agit bel et bien de reconquérir ce pays dans une nouvelle forme de domination.

* Cet article a été rédigé pour la Feuille du Réseau coopératif de gauche alternative

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