Le
capitalisme est hégémonique et depuis 20 ans. Nous voyons qu’il
poursuit une accumulation de richesses qui s’est élargie à de nouveaux
secteurs – le vivant, le savoir, le bien commun. Cette accumulation est
une prédation, elle dépossède la société des richesses dont elle besoin.
Avec la financiarisation, cette accumulation est devenue parasitaire
car elle alimente la spéculation qui délaisse la production. De fait, le
développement des forces productives est aussi une source de régression
sociale et l’origine de la crise de notre écosystème.
Certes,
nous faisons face à une planétarisation de la production de biens avec
des composants ici, de la recherche par-ci, des pièces là-bas, un
assemblage encore ailleurs. Cette planétarisation de la production et de
la consommation se traduit aussi par un accroissement de la classe
salariée dans la population mondiale. Mais en même temps, cette
accumulation alimente aussi une crise du monde rural, de la population
agricole ainsi que qu’une précarisation croissante des couches
salariées.
Le
capitalisme contemporain est despotique, il s’attaque non seulement aux
institutions sociales que vous avez conquises en Europe; il subordonne
aussi des régions entières, les peuples du sud et ce despotisme les
oblige d’entrer de gré ou de force dans le grand bazar mondial, de
brader leurs ressources naturelles et d’exploiter leur environnement.
Le
capitalisme contemporain prolétarise des nations entières et il est en
train de modifier le métabolisme de notre planète. Nous allons vers des
conflits croissants sur l’accès aux ressources vitales; l’eau, les
ressources énergétiques, la production alimentaire. Si c’est la logique
de profit qui continue à prévaloir, alors nous allons au devant de
tensions et de conflits énormes.
L’indignation
à l’égard des injustices et l’analyse du monde tel qu’il va mal sont
nécessaires mais ne suffiront pas. Si nous voulons trouver une issue, il
nous faut développer des propositions. La gauche doit se réinventer et
donner espoir aux opprimés et aux peuples. En m’appuyant sur notre
expérience en Bolivie, je voudrais vous soumettre six propositions,
Premièrement,
la gauche doit défendre le sens du bien commun, du vivre ensemble et ce
qui rend nos société humaines. C’est une question de civilisation.
Deuxièmement,
la gauche doit faire de la démocratie sa bannière. La démocratie est
aujourd’hui mise à mal. La souveraineté des peuples est nié par les
marchés financiers et les oligarchies au pouvoir. La démocratie, ce
n’est pas seulement un ensemble institutionnel; c’est aussi une
pratique. C’est l’administration de la société et de l’environnement par
les citoyens.
Dans les années 70, on disait “il faut faire entrer la
démocratie dans l’entreprise”, c’est toujours aussi vrai. Mais
aujourd’hui, il est évident qu’il faudra aussi faire entrer la
démocratie dans les banques et le monde financier. Et il faudra le faire
y compris dans la sphère politique elle-même puisque celle-ci a connu
une fossilisation sous l’effet de la domination de la technocratie, des
oligarchies financières.
Troisièmement,
nous devons défendre un projet universaliste. Je pense ici à
l’universalisme des droits sociaux, du droit à l’enseignement, à
l’emploi décent, à la santé. Ces droits universels sont d’une grande
actualité et nous aident à formuler des revendications concrètes. J’ai
lu dans les journaux comment en Europe sont utilisés les ressources
publiques pour sauver les ressources privées; c’est une aberration.
C’est le monde qui fonctionne à l’envers !
Quatrièmement,
nous devons revendiquer une nouvelle relation entre l’homme et la
nature. Comme le dit Evo Morales, la planète peut fonctionner sans la
présence humaine mais l’inverse n’est pas vrai. Or, c’est l’activité
humaine qui est en train de détruire la planète, et cette activité est
guidée par une logique aveugle d’accumulation et de profit. Nous devons
promouvoir une nouvelle relation entre l’homme et la nature, non pas
dans la perspective d’une économie verte et dont la nature écologique
est hypocrite puisque les entreprises qui se donnent l’image d’être
protectrices mais sont en même temps celles qui organisent ou
bénéficient de la déforestation en Amazonie et ont conduisent à la
transformation de la nature en marchandise.
Et
dernièrement, nous devons défendre la politique comme moyen de
changement social. Il nous faut assumer la nature héroïque de l’action
politique contre le postmodernisme qui proclame la fin des grands récits
et diffuse un relativisme pernicieux au sein des classes opprimées et
subalternes. Changer les choses demande de l’effort, du courage, de
l’obstination. Reconstruire l’espérance en suivant Gramsci est
nécessaire si on veut que des dizaines des centaines de milliers de
citoyens engagent du temps, de l’énergie dans l’action pour un autre
monde.
Au
nom d’Evo Morales, je salue votre congrès. Vous êtes rassemblés ici,
les représentants de plus de 30 partis de gauche actifs en Europe. C’est
un fait politique majeur pour nous ; un fait qu’il ne faut pas
sous-estimer et vous devez à la fois continuer ce travail de synthèse et
de mise en commun des idées et des expériences et ne pas vous détacher
des luttes. La politique, c’est d’abord convaincre et cette conviction
exige que nous luttons, luttons, luttons. Nous ne sommes pas seuls, nous
avons besoin de vous nous avons besoin d’une Europe qui illumine le
monde et le destin humain.
Traduction en français sur le site : http://www.roodlinks.be/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=55&Itemid=316
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