M. Colloghan

samedi 8 janvier 2011

Les entreprises récupérées en Argentine - « Occuper - résister - produire »

A la suite de la synthèse de l'enquête de l'université de Buenos Aires sur les entreprises récupérées en Argentine, nous publions cet article rédigé en septembre 2009 pour le livre "Autogestion hier, aujourd'hui, demain", paru aux éditions Syllepse en mai 2010.

Richard Neuville *

Si l’autogestion passait à des formes pratiques et concrètes et ne s’en tenait pas à des déclarations de principe, non seulement on s’interrogerait sur le mauvais fonctionnement du système existant, mais également sur la possibilité d’instaurer une économie alternative à caractère social, ce qui conduirait à rompre avec le discours hégémonique des 15 dernières années et le règne du marché. ” Gabriel Fajn 1 

Les politiques ultra-libérales, menées pendant 25 ans et particulièrement à partir de 1989, par les gouvernements dirigés par Menem et De la Rua, ont plongé l’Argentine dans la crise socio-économique la plus profonde de son histoire. Le modèle d’accumulation et de concentration financière a provoqué la fermeture continue d’entreprises dans le secteur industriel, la rupture interne de circuits commerciaux et la marginalisation de secteurs importants de la production. Les 4 années de récession, qui ont précédé la crise de 2001, caractérisées par une forte chute de la demande, du produit intérieur brut et de l’investissement, ont généré un cycle de dépression de l’économie. Cette situation a contraint de larges secteurs de la population à trouver des formes de survie, à travers le développement du troc et le renforcement des solidarités au sein des communautés de vie.

C’est dans ce contexte qu’éclate la révolte populaire du “ 19-20 ” décembre 2001, « el corralito »2 Cette explosion sociale voit émerger un extraordinaire processus d’auto-organisation sociale et de résistance avec la constitution spontanée des assemblées populaires et le développement de médias alternatifs. Parallèlement, le mouvement “ piqueteros ”3 se renforce et la récupération des entreprises par les travailleurs (ERT) acquiert une ampleur sans précédent.


Dans un contexte économique et social catastrophique où il n’existe plus guère de protection pour les travailleurs, ce mouvement joue un rôle déterminant et contribue à l’émergence de véritables pratiques autogestionnaires. Il constitue une pratique économique innovante et une réponse pragmatique des travailleurs face à une crise qui dépasse bien souvent le cadre strict de l’entreprise. Ce mouvement de récupération des entreprises n’est pas nouveau, il puise son origine dans la tradition de luttes du mouvement ouvrier argentin et sa conscience historique. S’il convient de pondérer la dimension au regard de la population active du pays, il s’agit cependant d’un mouvement important qui revêt un sens politique et une valeur symbolique extrêmement forte. L’expérience emblématique des travailleurs de Zanon est révélatrice de l’esprit de résistance qui se développe. En outre, elle réactualise les débats du XIXè siècle sur le mode de gestion : entre nationalisation sous contrôle ouvrier ou gestion ouvrière et coopératisme, entre réforme et révolution. La persévérance du phénomène indique clairement qu’il s’est ancré dans le paysage social argentin. En effet, la stabilisation et la pérennité des expériences issues du mouvement de décembre 2001 contribuent à offrir une alternative viable. De toute évidence, les récupérations d’entreprise qui surgissent avec les crises financière et économique de 2008 tendent à le démontrer.

Une catastrophe annoncée
Pendant les années 90, sous le gouvernement Menem les chiffres du chômage augmentent drastiquement. En décembre 2001, le taux officiel de chômeurs avoisine les 20 % et le travail informel représente 50 %. Au cours de l’année 2001, plus de 1 500 entreprises sont entrées en cessation de paiement et ont accumulé des dettes importantes envers l’Etat.

Cette situation a été provoquée par l’application des politiques économiques néo-libérales, expérimentées sous la dictature militaire. En 1991, le Congrès a adopté la loi sur la convertibilité qui établit la parité entre le peso et le dollar. L’application aveugle des directives dudit consensus de Washington a signifié la réduction drastique des dépenses publiques, la flexibilisation du marché du travail, les privatisations et l’ouverture totale aux capitaux étrangers.

Sous le poids de la dette et du diktat des institutions internationales, le gouvernement privatise l’ensemble des entreprises publiques (téléphone, électricité, gaz, poste, transports publics, etc.) qui passent sous le contrôle de firmes espagnoles (Telefónica, Endesa, etc.) ou françaises (France Télécom, EDF, etc.), ce qui provoque un grand nombre de licenciements et une détérioration des conditions de travail. A titres d’exemples, l‘entreprise pétrolière YPF (Yacimientos Petrolíferos Fiscales), vendue à la compagnie espagnole, Repsol, voit ses effectifs divisés par dix ; l’acquisition de la compagnie aérienne (Aerolíneas Argentinas), par Iberia se traduit par une réduction des salaires de 20 % pour les travailleurs et, selon Eric Toussaint4, par la cession des Boeing 707 pour le prix symbolique de 1,54 dollar.

Le gouvernement réduit les dépenses publiques dans l’administration, l’éducation et la santé, supprime des emplois de fonctionnaires, privatise la sécurité sociale et détruit le système de retraites et de pensions. L’ouverture totale de l’économie accélère le processus de désindustrialisation. Les entreprises ferment les unes après les autres. Les petites et moyennes entreprises (textile, métallurgie, cuir, électroménager, industrie alimentaire, etc.) sont les plus frappées mais les firmes plus importantes ne sont pas épargnées et voit leur activité réduite à la sous-traitance pour le compte des multinationales. Seule une minorité de la bourgeoisie nationale, par le biais d’holdings associées aux multinationales, tire profit de cette politique.

La flexibilisation du marché du travail, la suppression des conventions collectives, l’introduction de l’emploi temporaire sans aucune couverture sociale accentuent l’exploitation et la précarité. Tout ce processus s’opère avec la complicité de la principale centrale syndicale argentine, la Confédération Générale des Travailleurs (CGT)5. Ce démantèlement global provoque un séisme dans le pays, qu’Hugo Moreno6 résume ainsi :
« La restructuration capitaliste sauvage et l’application sans bornes des recettes du néolibéralisme créaient les conditions d’un vide sociale et économique. Il ne tardera pas à se remplir sous le forme d’une catastrophe annoncée ».

En 1999, le remplacement du gouvernement Menem par celui de De la Rua ne change rien. Sous la houlette de l’indéboulonnable ministre de l’économie, Domingo Cavallo, cette politique se poursuit. Début décembre 2001, il décide de bloquer les avoirs bancaires, ce qui provoque une grève générale le 13 et la révolte populaire spontanée du « 19-20 ». En scandant le slogan « Que se vayan todos » (Qu’ils s’en aillent tous), le peuple révolté, conscient de l’impotence de la classe politique, sait pertinemment que les changements de gouvernement ne résoudront rien et que désormais son avenir lui appartient. Des milliers de travailleurs expulsés de leur entreprise répondent par l’occupation, la résistance et enfin la reprise de la production.

Un processus pragmatique
Le processus de récupération se produit généralement avant la fermeture ou la crise terminale des entreprises et consiste à proposer la poursuite de l’activité de l’entreprise sous la forme de l’autogestion ouvrière. En réaction au phénomène d’exclusion généralisée, la classe ouvrière argentine expérimente différentes formes d’action et la récupération d’entreprises par les travailleurs constitue un des emblèmes de cette résistance. D’une manière générale, les syndicats s’y impliquent peu, seule la Centrale des Travailleurs Argentins (CTA)7 et certains secteurs de la CGT accompagnent ce processus. La CTA tente d’ancrer ces expériences, qui surgissent comme un moyen de survie, dans un contexte plus global et de construction d’un nouveau projet de société. Elle contribue également à créer des réseaux de commercialisation et des fonds de financements.

La fermeture de plusieurs milliers d’entreprises8 et la perte de centaines de milliers de postes de travail ont développé un climat d’insécurité chez les travailleurs qui conservent leur emploi et crée le désespoir pour ceux qui le perdent. Face à l’abandon des entreprises par les patrons, des travailleurs décident d’occuper les usines pour défendre l’outil de travail et résistent aux tentatives d’expulsion dans le but de redémarrer le processus de production sous gestion directe. Pour Eduardo Lucita9 :
« Il s’agit d’un processus pragmatique, il n’y a le plus souvent aucune prédétermination idéologique. La crise du capital a déplacé l’axe de la lutte, pour le sortir de l’orbite de la distribution de la richesse et finalement remettre en cause le sacro-saint principe de la propriété privée. Il s’agit donc d’un processus objectif mais qui diffère de la tendance historique, qui se construit en différentes étapes et périodes, avec une force et une intensité, le travail a essayé de déplacer le capital, en le remplaçant par l’organisation ouvrière, en cherchant à prendre le contrôle des entreprises. »

Les travailleurs tentent d’imposer leur décision avant l’application d’une décision de justice : déclaration de faillite et ensuite expropriation de l’entreprise. Si ce phénomène ne représente pas une réponse globale à la problématique, il constitue une alternative concrète dans des situations ponctuelles avec des avantages sociaux indubitables. Cette alternative permet aux salariés de conserver leur poste de travail, leur savoir-faire, la culture industrielle, tout en maintenant leur conscience de classe.

Une conscience historique profonde
Le mouvement de récupération d’entreprises, qui s’est développé en Argentine à partir de l’année 2001, est avant tout le résultat de fermetures d’entreprises du secteur industriel liées à la crise économique mais également comme l’explique Eduardo Lucita10 celui d’une gestion défaillante, voire frauduleuse :
« Les entreprises qui se trouvaient dans cette situation - s’étaient endettées réellement ou de manière fictive, qui avaient transféré des actifs à des tiers, avaient des dettes d’impôts et envers les services publics – terminaient en recourrant au concours préventif ou direct à la déclaration de faillites ».

Ce mouvement atteint son apogée au cours de la période 2002-2003 avec 120 récupérations d’entreprises mais le phénomène se poursuit au cours des années qui suivent à un rythme certes plus lent, et concerne tout de même une cinquantaine d’entreprises. Avec les conséquences économiques de la crise financière mondiale de 2008, il connaît même un regain. C’est ainsi qu’au cours de la période 2007/2008, une quinzaine d’entreprises ont été récupérées11.

Le phénomène de récupération d’entreprises n’est pas nouveau car il existe des antécédents qui remontent à plus de 40 ans. Lors de la grève générale de mai-juin 1964, 3 millions d’ouvriers avaient occupé 4000 entreprises et avaient commencé à organiser la production eux-mêmes12. Les coopératives : Lozadur, CITA, CAT, El Progreso, etc. sont nées de cette lutte. Elles se sont formées à partir d’usines importantes et ont traversé différentes étapes dans leur développement. Plus récemment, entre la fin des années 80 et le début des années 90, une vingtaine de coopératives ont été créées par des travailleurs d’entreprises en crise. En 1996 et 1998, les entreprises frigorifique, Yaguané, et métallurgique, IMPA, ont été récupérées par leurs travailleurs.

Dès le milieu de l’année 2001, la récupération commence et s’étend à l’ensemble du pays. Les premières récupérations sont isolées et dispersées mais avec le pic de la crise, le processus acquiert une visibilité publique et la première organisation nationale des entreprises voit le jour, le Mouvement national des entreprises récupérées (MNER). Ce mouvement puise ses racines dans la tradition de luttes et, comme l’observe Guillermo Almeyra13, malgré la tragédie de la dictature et ses 30 000 disparus qui auraient pu affecter la « transmission de la mémoire historique », le mouvement ouvrier argentin « montre qu’il existe une conscience historique profonde, sous-jacente, cachée » Les idées anarchistes et socialistes importées par l’importante émigration européenne, principalement italienne et espagnole, au cours du XIXè siècle, n’y sont sans doute pas étrangères.

L’ampleur du phénomène
En 2008, 219 entreprises récupérées par les travailleurs (ERT) étaient recensées et réparties dans 17 provinces différentes, avec une forte concentration dans la province de Buenos Aires qui en comprend près de la moitié14. Elles regroupent environ 22 000 travailleurs organisés en coopératives et 20 000 autres de forme indirecte15. Sur la ville de Buenos Aires qui concentre 35 entreprises récupérées, on observe que si le mouvement n’a réellement démarré qu’en 2002 avec 16 récupérations, il s’est poursuivi à un rythme nettement inférieur jusqu’en 2008 mais il est néanmoins resté continu. 16

78 % des unités de production avaient moins de 50 travailleurs et 4 % plus de 200 travailleurs17. En 2005, l’enquête réalisée par l’université de Buenos Aires (UBA) et portant sur 161 ERT indiquait une moyenne de 57 travailleurs par unité de production en excluant la plus grosse coopérative sucrière, Ingenio La Esperanza, qui emploie 2200 travailleurs18. Ce chiffre était supérieur à celui observé deux ans plus tôt par Gabriel Fajn, qui indiquait que la moyenne des entreprises autogérées était de 38 travailleurs19. Selon les observateurs, à l’image de la coopérative emblématique FaSinPaT (ex. Zanon) qui est passée de 240 travailleurs en 2002 à 470 en 2008, cette progression des effectifs est réelle et la production pour une majorité d’entre-elles, après des démarrages parfois laborieux, s’est accrue au cours des années. La plupart des coopératives sont parvenues à acquérir une stabilité économique.

Selon Gabriel Fajn, en 2003, dans 90 % des cas, les postes hiérarchiques avaient été éliminés et un système égalitaire de redistribution des bénéfices avait été instauré20. L’enquête de l’UBA indique que l’égalité salariale est plus forte dans les ERT qui ont connu un long conflit lors de la récupération et ont été récupérées pendant la période 2002/2003. Cette égalité varie également selon la taille de l’entreprise.

En 2005, les ERT se répartissaient en différents secteurs d’activité : métallurgie (29 %), industries autres (20 %), industries alimentaires (18 %), autres services (10 %), textile (7 %), industrie graphique (6 %), santé (5 %), céramique (4 %) et BTP (1 %)21.

De ce processus, quatre structures institutionnelles sont nées : le MNER (déjà cité) qui a regroupé jusqu’à 35 % des ERT, principalement les ERT de la ville de Buenos Aires et de certaines zones de l’intérieur avant de subir une scission importante en 2006. (Il fédérait des coopératives de production indépendantes de l’Etat) ; le Mouvement national des usines récupérées par les travailleurs (MNFRT) qui est devenu majoritaire et qui rassemble principalement les ERT de la province de Buenos Aires ; la Fédération des coopératives de la province de Buenos Aires (FECOOTRA) et la Fédération nationale de coopératives de travail d’entreprises reconverties (FENCOOTER), plus liée à l’Etat est très faible.

Les entreprises qui revendiquaient la nationalisation sous contrôle ouvrier (Brukman, Zanon) ont progressivement accepté la nécessité de créer des coopératives, même si pour les travailleurs de Zanon (FaSinPat), elles ne constituent qu’une phase transitoire à dépasser.

L’expérience emblématique de FASINPAT (ex Zanon)
Popularisée par les campagnes de solidarité internationale et la diffusion mondiale de plusieurs films22, l’expérience de l’entreprise Zanon (une usine de céramique située à Neuquén) est devenue l’emblème du mouvement de récupération d’entreprises en Argentine. Elle l’est à plusieurs titres : l’ampleur et la durée de la lutte, l’organisation interne, les solidarités tissées avec les mouvements sociaux et les populations locales, la lutte avec le pouvoir politique et le mode de gestion.

En 2001, en réponse au patron qui décide de réduire drastiquement la production en fermant deux lignes de fabrication et en supprimant 180 emplois, les travailleurs campent pendant plusieurs mois devant l’usine. Le 2 octobre, en assemblée générale, ils décident à la majorité absolue d’occuper l’usine pour empêcher la sortie des machines et défendre les emplois. Cinq mois plus tard, le 2 mars 2002, les 240 travailleurs allument les fours et commencent à produire sans patrons. Les indiens mapuches, qui avaient été exploités par les entreprises de céramiques, mettent leurs carrières à disposition des ouvriers de Zanon.

Elément important pour la suite, cette lutte a été précédée d’une bataille interne contre la direction du syndicat. En 1998, une liste d’opposition « clasista » a conquis la « commission interne » au sein de l’entreprise par 177 voix contre 44 à la liste officielle. Le secrétaire général du syndicat de branche, autoritaire et bureaucrate, avait une posture pro-patronale et acceptait tous les licenciements depuis des années. En septembre 2000, à l’issue d’une lutte féroce qui lui a permis de devenir majoritaire au sein des quatre entreprises de céramique de la province de Neuquén, le courant « lutte de classes » a également conquis la direction du syndicat, le SOECN23.

En août 2005, à l’issue d’une longue lutte, les travailleurs obtiennent la déclaration de faillite de Zanon et, en octobre, la reconnaissance provisoire de gestion ouvrière, sous le statut de coopérative FaSinPat. Après 8 années de gestion ouvrière, la production de céramique est passée de 10 000 m2 à 400 000 m2 et la coopérative a intégré 230 travailleurs et travailleuses supplémentaires. La sécurité a été nettement améliorée, le nombre d’accidents annuels est passé de 330 à une trentaine et il n’y a plus eu de décès24. A la différence de nombreuses coopératives où les travailleurs sont incorporés comme employés, tous les ouvriers de Zanon entrent comme membres associés avec les mêmes droits et obligations, à la condition qu’ils adhèrent aux idées d’égalité et de démocratie ouvrière que les céramistes défendent.

Après avoir fonctionné en assemblées plénières pour organiser la production et la défense de l’usine, les travailleurs ont adopté une organisation qui s’articule autour des coordonnateurs de production, élus au sein des différentes commissions (achats, ventes, sécurité, production, presse). L’équipe de coordination relie en permanence les questions liées à l’organisation de la production (équipes, niveaux de production, salaires, dépenses, ventes) et les discussions politiques. Chaque mois, la production s’arrête une journée et l’ensemble des travailleurs débattent des problèmes, des réussites et des défis à relever. C’est également l’occasion de discuter des activités sociales et culturelles ainsi que des questions politiques. Pour Raúl Godoy25 :
« C’est l’unique chose qui nous permet de rester vivants. Sinon, nous aurions été battus. Sans assemblée, il n’y a pas de gestion ouvrière qui vaille. Le patron peut te faire produire avec le fouet, mais la gestion ouvrière dépend de la conviction que chacun tire dans le même sens. Notre principal investissement est l’assemblée ».

La production directe n’a pas toujours été facile mais, avec la détermination qui les anime, les ouvriers ont pu lever les différents obstacles auxquels ils ont été confrontés. Ils ont été harcelés par l’organisation patronale sur la question du respect de la propriété privée, celle-ci exigeait que les expropriations d’entreprises abandonnées par leurs patrons soient payées par les travailleurs, voire en dernière instance par l’Etat. Les céramistes ont adopté le principe d’expropriation sans indemnités et ont engagé la lutte sur cette base, considérant qu’ils n’avaient pas à rembourser la dette patronale. De même, comme l’indique Alejandro López26, ils refusent que l’expropriation soit payée par l’Etat.

Les travailleurs en gestion ouvrière conçoivent leur lutte comme une nécessité de produire pour la communauté et non pour réaliser des bénéfices individuels. C’est ainsi qu’ils ont fait don de céramiques pour construire des locaux de premiers secours dans un des quartiers les plus pauvres de Neuquén, des écoles et contribuer à la reconstruction d’un hôpital de la ville de Santa Fe (situé à plus de 1 500 kilomètres de l’usine) qui avait été dévasté par une inondation en 2003. Ils ont ouvert des centres de santé et construit des maisons pour des déshérités et orphelins. Ils versent mensuellement de l’argent à des cantines populaires et des hôpitaux. L’entreprise a un accord de collaboration avec l’Université de Comahue qui a permis d’organiser des cours d’administration et d’économie.

Dès la récupération de l’usine, les travailleurs ont noué des relations étroites avec le Mouvement des travailleurs inoccupés (MTD) de Neuquén, diverses organisations de piqueteros et le syndicat enseignant du Rio Negro (UNTER), affilié à la Centrale des travailleurs argentins (CTA), pour mener conjointement diverses actions. En 2002, ils ont organisé la première rencontre des usines récupérées. Ils ont mené diverses actions de solidarité avec les travailleurs des entreprises récupérées et, particulièrement, ceux de la coopérative de l’Hôtel Bauen et les ouvrières de l’usine Brukman à Buenos Aires. Ils entendent ainsi rompre avec le corporatisme et les divisions que le système génère entre les travailleurs. Ils posent également la question historique du mode de gestion de l’entreprise, comme le résument Laura Meyer et María Chaves27 :
« Les céramistes de Zanon essaient de maintenir une articulation entre les problèmes économiques immédiats, les conquêtes transitoires et les solutions de fond, en mettant en relation leur situation concrète avec les problèmes de l’ensemble des travailleurs et en transmettant l’idée qu’ils partagent les mêmes intérêts.[…] En même temps, ils poursuivent le combat pour l’expropriation définitive et continuer la gestion ouvrière, tout en considérant la « coopérative comme une solution transitoire » et discutent les problèmes et les possibles solutions de fond. Pour cela, ils recherchent les mécanismes pour passer de l’ « auto exploitation » qu’a signifié pour eux la constitution d’une coopérative qui leur a été imposée et qui se trouve en concurrence avec la marché capitaliste à une nationalisation sous administration démocratique des travailleurs »

La dette laissée par le patron constitue une des clés du problème, compte tenu de la législation en vigueur en Argentine qui contraint la coopérative à rembourser celle-ci. C’est pourquoi les travailleurs les plus conscients n’ont de cesse de rappeler à l’ensemble des travailleurs leur objectif, à savoir la nationalisation sous contrôle ouvrier. Néanmoins, comme l’indique la déclaration d’Alejandro López28, le débat n’est pas figé : « Si le gouvernement exproprie l’entreprise et la remet à la coopérative, celle-ci continuera à la gérer sous gestion ouvrière ». Le 12 août 2009, le parlement de la province de Neuquén a enfin adopté la loi d’expropriation définitive de l’usine.

Coopératisme ou nationalisation sous contrôle ouvrier
Bien qu’emblématique au niveau de la combativité et de l’organisation ouvrière, l’expérience FaSinPat ne reflète pourtant pas la réalité du mouvement de récupération des entreprises en Argentine. Le dépassement de la forme coopérative n’est pas à l’ordre du jour pour la plupart des entreprises et la revendication de nationalisation sous contrôle ouvrier est isolée, même si les questions inhérentes à l’expropriation des entreprises et aux remboursements des créances restent non résolues d’un point de vue légal. Selon les provinces et les législations en vigueur, les situations se règlent au cas par cas. Les coopératives dépendent directement de la décision d’expropriation ; celle-ci est généralement lente et il s’écoule plusieurs mois, voire des années pendant lesquels ils produisent et commercialisent de fait sans que la situation soit légalisée.

Le débat entre la nationalisation sous contrôle ouvrier et le coopératisme continue d’alimenter les polémiques au sein de la gauche argentine. Il oppose les pragmatiques qui misent sur une extension du mouvement et des courants qui se réfèrent à des positions idéologiques plus classiques et qui considèrent que la forme coopérative ne peut être que transitoire et que beaucoup dépend de sa généralisation, à l’image d’Eduardo Lucita29 :
Le contrôle ouvrier, qui suppose également volontariat et autonomie, maintient l’entreprise sous la tutelle du capital, privé ou étatiste, mais les travailleurs assument le contrôle de tout le processus.[…] Il s’agit d’une “ réforme non réformiste ”, propre à une période de lutte de classe en hausse, qui n’est pas intégrable par le capital et dont l’avenir dépend d’une généralisation et d’un changement profond dans la relation des forces sociales. ”

Dans sa polémique avec Bernstein concernant les coopératives anglaises, Rosa Luxemburg30 pointe le risque de l’auto exploitation dans un système de concurrence capitaliste :
« Cela se traduit par la nécessité d’intensifier le travail, d’en raccourcir ou d’en prolonger la durée selon la conjoncture, d’embaucher ou de licencier la force de travail selon les besoins du marché… »

Ruth Werner et Facundo Aguirre31 insistent également sur les limites des coopératives :
La coopérative, avec toute la valeur symbolique qu ‘elle a initialement, n’est pas un chemin émancipateur pour la classe ouvrière. Loin de tendre à unifier les forces des travailleurs, à rallier à leur lutte d’autres secteurs populaires, elle concentre les efforts à l’intérieur de l’usine, à substituer et à répéter les schémas capitalistes. […] L’administration ouvrière directe est une forme d’autodétermination, qui laisse aux mains de la décision collective, la gestion de la production et ses destins, en éduquant la classe ouvrière à la gestion de l’économie. Elle démontre comment la planification démocratique pourrait donner un sens social à la production.

Avec une conception différente, José Abellí32 pense que la nationalisation des entreprises récupérées sous contrôle ouvrier « correspond à une conception d’un état dirigé par des travailleurs. Mais dans les conditions actuelles, la lutte en faveur de la nationalisation des entreprises récupérées ne correspond pas à l’état tel qu’il existe aujourd´hui ». Les coopératives permettent aux travailleurs de décider librement sans bureaucratie externe et de forme directe de l’avenir de leur entreprise. Il estime cependant que la nationalisation peut être un objectif viable si le mouvement global des entreprises récupérées peut accumuler une masse critique pour faire pression sur les politiques publiques en faveur des secteurs populaires.

De son côté, Javier Echaide33 considère que le débat de fond est bien plus orienté sur ce que signifie la forme autogestionnaire que sur le mode d’autogestion que l’on prétend réaliser. La forme dépend du niveau de conceptualisation du mode coopératif mais pas de l’autogestion en elle-même. Le mode coopératif est incontestablement un outil de transformation sociale :
La bataille est contre les moyens de production appropriés en forme privée et non entre les différentes formes d’autogestion. C’est l’opposition entre emploi salarié et le travail associé. Le thème de la propriété privée des moyens de production est central. Le mode d’autogestion est interprété comme une activité privée ou comme une activité alternative distincte de la dichotomie entre le privé et le public. Ce serait une alternative qui pourrait rompre avec une relation d’exploitation de la force de travail, et en définitive du travailleur avec l’aliénation. ”

Javier Echaide considère que le contrôle de moyens de production par la classe ouvrière constitue une réelle menace pour l’Etat. L’originalité réside dans le mode de production conscient de ceux qui produisent, qui contrôlent le capital et maîtrisent les montants et la destination de la production. Il n’est pas nécessaire d’avoir une classe dirigeante dans le processus productif, le travailleur est son propre dirigeant et détient les rênes de son entreprise. La forme coopérative garantit la légalité de l’entreprise récupérée, elle permet de se défendre contre les patrons et de rompre avec l’organisation verticale précédente.

En près d’une décennie, le mouvement de récupérations des entreprises par les travailleurs est devenu une des principales composantes du formidable laboratoire d’expériences sociales en Argentine. Il constitue une première étape de rupture avec le système capitaliste, basé sur le profit immédiat et contribue à la construction de pratiques autogestionnaires. Le transfert de la propriété privée des moyens de production à la propriété collective participe à la construction d’une alternative au processus de production capitaliste. Il contribue à l’instauration de nouvelles relations sociales en permettant la récupération des valeurs démocratiques, l’innovation collective, l’éradication du despotisme patronal et l’humanisation des relations de production. Les entreprises sont ouvertes à l’extérieur, au quartier ; des centres culturels, des centres de formation professionnelle, des bibliothèques et des cantines populaires ont été créés pour la communauté. Pour la majorité des expériences, la gestion ouvrière a permis de limiter le phénomène d’auto exploitation en régulant les rythmes de travail et de production et en couvrant les nécessités élémentaires. Le processus a acquis une stabilité juridique, productive et économique. Passée ce que Eduardo Lucita34 qualifie de « période héroïque », au cours de laquelle le profil subversif et une forte politisation ont prévalu, les entreprises sont soumises à un processus objectif, celui du marché et de la concurrence. Il s’agit pour une majorité d’entre elles de relever le défi des « risques du succès ». La première rencontre latino-américaine d’entreprises récupérées qui s’est tenue à Caracas en octobre 2005 (209 entreprises de 7 pays) a contribué à dépasser le cadre étroit des frontières nationales, à signer des accords commerciaux et de collaboration, mais surtout pour les délégués argentins à prendre conscience de l’impact de leur expérience.

Si le processus de récupération s’est trouvé ralenti après l’apogée de 2001-2003, il s’est néanmoins poursuivi de manière importante au cours des années qui ont suivi en Argentine et en Amérique latine. Avec la crise du modèle capitaliste dominant, il retrouve même une vitalité. Devant l’incapacité des capitalistes à leur assurer un emploi ou des revenus décents, les travailleurs renouent, de manière pragmatique, avec l’autogestion qui est devenue le symbole d’une nouvelle étape de la lutte de la classe ouvrière. Le processus d’appropriation collective des moyens de production, connu aujourd’hui comme le modèle « sans patron » argentin, constitue une réponse audacieuse et créative pour éviter la marginalité qu’impose le système. Ce processus a pénétré de manière décisive la conscience des travailleurs argentins et comme l’explique José Abellí 35:
« Aujourd’hui, quel que soit l’endroit dans le pays, lorsqu’une entreprise ferme, les travailleurs brandissent le drapeau de l’autogestion. C’est le grand acquis de la lutte de la classe ouvrière argentine ».

* Richard Neuville est membre du collectif Lucien Collonges et de la commission internationale des Alternatifs.
Rédigé en septembre 2009 

Notes :
1. Diario Clarín, suplemento Zona, Buenos Aires, 22 de septiembre 2002, in Rezzónico, Alberto, « Empresas recuperadas, Aspectos doctrinarios, económicos y legales » (Entreprises récupérées, aspects doctrinaires, économiques et légaux), Cuaderno de trabajo n° 16, Centro cultural de la cooperación, Buenos Aires, Mayo de 2003.
2. « Corralito », mesure décidée par le gouvernement consistant à bloquer l’argent déposé sur les comptes bancaires par les épargnants.
3. Le mouvement « piqueteros » est composé d’une trentaine d’organisation de chômeurs, parmi lesquelles figurent : Corriente Clasista y Combativa (CCC) lié au PCR (maoÏste), Federación Tierra y Vivienda (FTV) liée à la CTA, Polo Obrero, lié au parti trotskyste du même nom, Movimiento Territorial de Liberación (MTL) et le MST Teresa Vive liés au Parti communiste, Coordinadora Anibal Verón ou le Movimiento de Trabajadores Desocupados (MTD) qui sont indépendants. Ce mouvement est né à partir de 1996. Il n’a cessé de se renforcer en multipliant les barrages de routes au cours des années 2000, 2001 et 2002 pour obtenir des subsides de l’Etat : les plans Travail, qu’ils mutualisent le plus souvent pour faire fonctionner des ateliers de confection, des boulangeries, des jardins collectifs au bénéfice de la communauté.
4. Toussaint, Eric, « Argentine : maillon faible de la chaîne de la dette », CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde), 2002, www.cadtm.org/ .

5. Voir le film « Memoria del saqueo » (Mémoires d’un saccage) de Fernando Solanas, 2003, distribué en français par Ad Vitam.
6. Moreno, Hugo, « Le désastre argentin – Péronisme, politique et violence sociale (1930-2001) », Editions Syllepse, Paris, 2005, p.164.
7. La centrale des travailleurs argentins (CTA) a été créée en 1995 en rupture avec la politique collaborationniste de la CGT. Elle regroupe principalement les travailleurs du secteur public, organisés au sein de l’Association des travailleurs de l’Etat (ATE) et les chômeurs au sein de la fédération de la terre et du logement (FTV). Elle s’organise sur une base territoriale. Elle n’a pas de représentativité dans le secteur privé mais organise les travailleurs des entreprises récupérées au sein de sa branche industrie (FETyA).

8. 5 000 entreprises en 4 ans selon les estimations de l’association des économistes de gauche (EDI)
9. Lucita, Eduardo, « ocupar, resistir, producir » (Occuper, résister, produire), in la revista Cuadernos del Sur n° 34, ocupación de empresas y gestión obrera directa, Tierra del Fuego, Buenos Aires, Noviembre de 2002, p.40.
10. Eduardo Lucita est membre de l’association des économistes de gauche (EDI). Entretien réalisé par l’auteur le 18 octobre 2003 à Buenos Aires.
11. Au cours de ces années, les récupérations des entreprises concernent principalement le secteur agroalimentaire et l’industrie textile.

12. Voir Solanas, Fernando, « La hora de los hornos » (L’heure des brasiers), Argentine, 1968, 248 minutes, distribué par Trigon Film.
13. Almeyra, Guillermo, « Rébellions d’Argentine – Tiers état, luttes sociales et autogestion », Editions Syllepse, Paris, 2006, p. 204.
14. Sources Ministerio de Trabajo, Empleo y Seguridad social. Programme travail autogéré, « Cantidad de unidades de productivas recuperadas » (Quantité d’unités de production récupérées selon la juridiction), Argentine, 2008. Consultable sur le site OSERA (Observatoire social des entreprises récupérées autogérées).
15. Abellí, José, « Empresas recuperadas », article du 27/02/2009 consultable sur le site OSERA.
16. Sources Université Publique de Buenos Aires (UBA), « Transfomaciones emergentes en el proceso de recuperación de empresas por sus trabajadores » (Transformations émergentes dans le processus de récupération d’entreprises par leurs travailleurs), Julián Rebón, 2008. Consultable sur le site OSERA.
17. Sources Ministerio de Trabajo, Empleo y Seguridad social, Programme travail autogéré, « Répartition des unités de production en rapport avec la quantité de travailleurs ». Consultable sur le site OSERA.
18. Ruggeri, Andrés, Martinez, Carlos, Trinchero, Hector Hugo (sous la direction), « Las empresas recuperadas en Argentina » (Les entreprises récupérées en Argentine), Rapport de la deuxième enquête du programme « Faculté ouverte », Université de Buenos Aires, juillet 2005. Synthèse réalisée par Richard Neuville, parue in Rouge & Vert n° 241, mai 2006. Consultable sur le site : www.alterautogestion.blogspot.com/

19. Gabriel Fajn, coordinateur du groupe de recherches en sociologie à l’université de Buenos Aires et responsable du Département du Coopératisme. Entretien réalisé par l’auteur le 20 octobre 2003.
20. Fajn, Gabriel, op.cit.
21. Ruggeri, Andrés, Martinez, Carlos, Trinchero, Hector Hugo, op.cit.
22. Pour ne citer que les principaux : Klein, Naomi, Lewis, Avi, “The Take” (La prise), Canada, 2004, 87 minutes, diffusé par MK2 ; Solanas, Fernando, « La dignidad de los nadies » (La dignité des pauvres), Argentine, 2006, 112 minutes, diffusé par Trigon Film ; Molina, Virna y Ardito, Ernesto, « Corazón de fábrica » (Coeur d’usine), Argentine, 2008, 129 minutes, diffusé par CLACSO.
23. SOECN (Syndicat des ouvriers et employés céramistes de Neuquén). En Argentine, la législation ne reconnaît qu’une seule organisation syndicale représentative par branche et par province. C’est ainsi que la CGT est représentative dans tout le secteur privé et la CTA dans le secteur public. Il est donc indispensable de conquérir la direction du syndicat.

24. Zibechi, Raúl, « Un autre monde est possible : les céramiques Zanon », IRC Programa de los Américas, janvier 2005. Traduction Catherine Goudounèche pour RISAL. (www.risal.collectifs.net ).
25. Entretien repris in Meyer, Laura y Chaves, María, « Aires de libertad, Zanon bajo gestión obrera », in Observatorio social de America latina n° 24, Buenos Aires, Octubre de 2008, p.123. Raùl Godoy est militant du Parti des travailleurs socialistes (PTS), formation trotskiste moréniste. Il exerce une influence non négligeable au sein de FaSinPat.
26. López, Alejandro, Secrétaire général du syndicat SOECN, Interview d’octobre 2008 pour OSERA.
27. Meyer, Laura y Chaves, María, « Aires de libertad, Zanon bajo gestión obrera », in Observatorio social de America latina n° 24, Buenos Aires, Octubre de 2008, p.134.

28. López, Alejandro, Secrétaire général du syndicat SOECN, Interview d’octobre 2008 pour OSERA.
29. Lucita, Eduardo, « ocupar, resistir, producir » (Occuper, résister, produire), in la revista Cuadernos del Sur, n° 34, ocupación de empresas y gestión obrera directa, Tierra del Fuego Buenos Aires, Noviembre de 2002, p.39.

30. Luxemburg, Rosa, Œuvres 1 « Réforme ou révolution ? Grève de masse, parti et syndicats », Maspero, Paris, 1969, p.42.
31. Aguirre, Facundo et Werner, Ruth, « ocupación, control obrero y cooperativas » (Occupation, contrôle ouvrier et coopératives) in la revista Rebelión Buenos Aires, Mayo de 2002. Ils appartiennent à l’association des économistes de gauche (EDI)
32. Abellí, José, « Recuperación de fuentes de trabajo a partir de la autogestión de los trabajadores » (Récupération des lieux de travail par l’autogestion des travailleurs), Rapport de la FETiA - CTA, Buenos Aires, 2003.
33. Echaide, Javier, « Debate sobre Empresas Recuperadas, Un aporte desde lo legal ; lo juridico y lo político », (Débat sur les entreprises récupérées, un apport aux niveaux légal, juridique et politique), Cuaderno de trabajo n° 25, Centro cultural de la cooperación, Buenos Aires, Agosto de 2003, p.69.
34. Lucita, Eduardo, « Entreprises sous gestion ouvrière : le succès et ses dangers », Correspondancia de Prensa – Bulletin d’information. Réseau solidaire de la Gauche radicale. Année III. N° 9228, 11 janvier 2006. Traduction : Elise Vallade pour RISAL ( http://risal.collectifs.net/ ).

35. Abellí, José, « Empresas recuperadas », article du 27/02/2009, consultable sur le site OSERA.


Références bibliographiques

Articles, rapports et revues :
- Abellí, José, « Empresas recuperadas », article du 27/02/2009, consultable sur le site OSERA.
- Abellí, José, « Recuperación de fuentes de trabajo a partir de la autogestión de los trabajadores », Rapport de la FETiA - CTA, Buenos Aires, 2003.
- Aguirre, Facundo et Werner, Ruth, « ocupación, control obrero y cooperativas » (Occupation, contrôle ouvrier et coopératives) in la revista Rebelión Buenos Aires, Mayo de 2002.
- Cuadernos del Sur n° 33, « Argentinazo, Que se vayan todos ! », Tierra del Fuego, Buenos Aires, Mayo de 2002, 149p.
- Cuadernos del Sur nº 34, « ocupación de empresas y gestión obrera directa », Tierra del Fuego Buenos Aires, Noviembre de 2002, 175p.
- Cuadernos del Sur, nº 36, « Autonomía y autogestión en las práticas sociopolíticas », Tierra del Fuego, Buenos Aires, Noviembre de 2003, 160p.
- Echaide, Javier, « Debate sobre Empresas Recuperadas, Un aporte desde lo legal; lo juridico y lo político », Cuaderno de trabajo nº 25, Centro cultural de la cooperación, Buenos Aires, Agosto de 2003, 79p.
- Guthmann, Claudio, Tournon, Genoveva, « Le phénomène des entreprises récupérées par leurs anciens employés en Argentine », Rapport de la Cellule de Recherche Interdisciplinaire en droits de l’Homme (CRIDHO), Université Catholique de Louvain, avril 2006, 29p.
- Jové, Carlus, « Argentina : crisis y revuelta » (Argentine : crise et révolte), OCL : Organización comunista libertario, Barcelona, 2004, 78p.
- López, Alejandro, Secrétaire général du syndicat SOECN, Interview d’octobre 2008 pour OSERA.
- Lucita, Eduardo, « Entreprises sous gestion ouvrière : le succès et ses dangers », Correspondancia de Prensa – Bulletin d’information. Réseau solidaire de la Gauche radicale. Année III. N° 9228, 11 janvier 2006. Traduction : Elise Vallade pour RISAL ( http://risal.collectifs.net/ ).
- Lucita, Eduardo, « ocupar, resistir, producir », in la revista Cuadernos del Sur Np 34, ocupación de empresas y gestión obrera directa, Tierra del Fuego, Buenos Aires, Noviembre de 2002.
- Meyer, Laura y Chaves, María, « Aires de libertad, Zanon bajo gestión obrera », in Observatorio social de America latina n° 24, Buenos Aires, Octubre de 2008.
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- Toussaint, Eric, « Argentine : maillon faible de la chaîne de la dette », CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde), 2002. Consultable sur le site www.cadtm.org/ .
- Université Publique de Buenos Aires (UBA), « Transfomaciones emergentes en el proceso de recuperación de empresas por sus trabajadores », Julián Rebón, 2008. Consultable sur le site OSERA : www.iigg.fsoc.uba.ar/empresasrecuperadas/index.html
- Zibechi, Raúl, « Un autre monde est possible : les céramiques Zanon », IRC Programa de los Américas, janvier 2005. Traduction Catherine Goudounèche pour RISAL. (www.risal.collectifs.net ).


Livres :
- Almeyra, Guillermo, « Rébellions d’Argentine – Tiers état, luttes sociales et autogestion », Editions Syllepse, Paris, 2006, 254p.
- Bielsa, Rafael A y otros (otras), « Qué son las asembleas populares ? » (Que sont les assemblées populaires ?), Biblioteca del Pensamiento nacional, Continente, Buenos Aires, Mayo de 2002, 127p.
- Chesnais (François), Divès (Jean-Philippe), « Que se vayan todos ! Le peuple argentin se soulève », Nautilus, Paris, 2002, 230p.
- Fontana, Edgardo y Natalia - Gago, Verónica – Santucho, Mario – Scolnik, Sebastián – Sztalwark, Diego, “Argentina, Apuntes para el nuevo protagonismo social”, Virus editorial, Barcelona, 2003, 253 p.
- Hérard, Daniel et Raimbeau, Cécile, « Argentine rebelle – un laboratoire de contre-pouvoir », Editions Alternatives, Pontoise, 2006, 142p.
- Luxemburg, Rosa, Œuvres 1 « Réforme ou révolution ? Grève de masse, parti et syndicats », Maspero, Paris, 1969, 175p.
- Moreno, Hugo, « Le désastre argentin – Péronisme, politique et violence sociale (1930-2001) », Editions Syllepse, Paris, 2005, 222p.
- Rebón, Julián, « La empresa de la autonomía – Trabajadores recuperando la producción », Colectivo Ediciones, Ediciones Picaso, Buenos Aires, 2007, 247p.


Sites Internet :
- OSERA (Observatoire social des entreprises récupérées autogérées), www.iigg.fsoc.uba.ar/empresasrecuperadas/
- Zanón : http://www.obrerosdezanon.com.ar/

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